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La mort d’une jeune mère de 21 ans suite aux coups de son conjoint jeudi après-midi à Mandeure dans le Doubs et la découverte du corps d’une femme en pleine rue à Besançon hier, ont retenti à l’échelle locale et nationale. Les associations de soutien aux femmes victimes de violences conjugales insistent sur l’importance de lutter contre ce fléau.

« J’ai tué ma femme. Venez vite », sont les mots qu’aurait prononcés le compagnon d’Adelissa Mujanovic, la jeune femme de 21 ans en contactant les secours jeudi dernier.

Violemment frappée dans l’appartement familial, la jeune femme était inconsciente à l’arrivée des secours. Immédiatement héliportée vers le CHU de Besançon, la victime n’a pas survécu. La scène se serait déroulée sous les yeux de leur petite fille de 14 mois. Une enquête pour homicide a aussitôt été ouverte.

Selon Carine Greff, la procureure de la République de Montbéliard, il s’agirait d’une dispute conjugale ayant mal tourné. L’autopsie, qui s’est déroulée lundi après-midi, devrait permettre d’élucider les causes exactes de la mort. Le compagnon, âgé de 23 ans, a quant à lui été entendu par les enquêteurs hier après-midi à sa sortie de l’hôpital psychiatrique où il avait été après les faits.

Deux féminicides en six jours

Hier après-midi, Besançon a été le théâtre d’un autre féminicide sordide. Une femme de 34 ans a été tuée à l’arme blanche en plein jour, en pleine rue. La mère de famille était suivie par une association de lutte contre les violences faites aux femmes, Solidarité Femmes Besançon.

Bouleversées, les associations de soutien aux femmes et aux enfants victimes de violences conjugales alertent.

« Les violences conjugales touchent tous les milieux »

Juli Palanchon est éducatrice spécialisée à l’association Solidarité Femmes Besançon. D’après elle, « les violences conjugales touchent tous les milieux ».

« Lorsqu’un conjoint interdit à sa compagne de travailler ou d’avoir un compte bancaire, on parle de violences économiques. »

Les violences conjugales s’exercent à plusieurs niveaux. Physique bien sûr, mais également aux niveaux verbal, psychologique, économique, administratif et sexuel.

« Lorsqu’un conjoint interdit à sa compagne, par exemple, de travailler ou d’avoir un compte bancaire, on parle de violences économiques. Les violences administratives concernent davantage les femmes en situation irrégulière, c’est-à-dire que le conjoint refuse d’effectuer les démarches pour régulariser la situation de sa compagne pour la maintenir dans une précarité administrative », explique-t-elle.

« Le but de l’association est de les écouter mais également de les accompagner dans leurs démarches. Beaucoup de femmes méconnaissent leurs droits et ont peur de sombrer dans la précarité si elles se séparent du conjoint violent. »

Si aucun chiffre n’est recensé au niveau département ou régional, elle constate une hausse des signalements : « Les femmes poussent nos portes pour trouver un lieu d’écoute, pour être guidées dans des démarches et aussi lorsqu’elles sont en situation d’urgence et n’ont nulle part où aller après avoir quitté le domicile conjugal. En 2017, nous avons rencontré 188 femmes à l’antenne de Besançon. Pour cette année, à la fin du mois d’octobre, nous avons déjà rencontré 196 femmes. Et l’année n’est pas terminée. »

« le fait que le conjoint porte des coups sur les enfants ou formule des menaces à leur encontre est le déclic qui conduit au départ du domicile. »

Sur les femmes rencontrées par les membres de l’association en 2017, 29,3% d’entre elles avaient déjà porté plainte, 12,8% avaient déposé une main courante et 17,6% avaient entamé une procédure de séparation.

« Se séparer est une étape très difficile pour les victimes. Le phénomène d’emprise sur les femmes freine en effet leur capacité à se protéger et donc, de prendre la décision de quitter le conjoint. Généralement, le fait que le conjoint porte des coups sur les enfants ou formule des menaces à leur encontre est le déclic qui conduit au départ du domicile », précise la salariée de Solidarité Femmes Besançon.

« Les violences conjugales ne concernent pas que les femmes »

D’ailleurs, l’association de Besançon a recensé 356 enfants concernés par ce fléau en 2017. « Les violences conjugales ne concernent pas que les femmes. On sait que de la grossesse à l’adolescence, un climat violent va avoir des effets très néfastes sur le bien-être psychologique des enfants. »

« De la grossesse à l’adolescence, un climat violent va avoir des effets très néfastes sur le bien-être psychologique des enfants. »

Juli Palanchon reste confiante : « En tant que professionnelle, j’ai le sentiment que la réponse des institutions judiciaires et sociales va dans le bon sens pour faire reculer ce fléau et prendre en charge les victimes mais il reste énormément de travail à faire. »

En 2014, deux femmes ont été tuées sous les coups de leurs conjoints à Besançon. Photo d'illustration
En 2014, deux femmes ont été tuées sous les coups de leurs conjoints à Besançon. Photo d’illustration

De son côté, la porte-parole du collectif Osez le féminisme a réagi suite aux deux drames : « Nous sommes révoltées devant autant de violences qui ne cessent pas. L’état doit donner des moyens solides pour combattre ce phénomène et faire de la prévention. »


Militine GUINET
Si vous êtes victime de violences conjugales, composez le 3919 (appel anonyme et gratuit) ou consultez le site Stop violences femmes.
Solidarité Femmes : 5 rue des Roses à Besançon (03.81.81.03.90)/ 23 Rue de Mulhouse à Belfort (03.84.28.99.09)
Pour faire un don de vêtements, linge de maison, jouets pour enfants, matériel de puériculture, meubles, contacter directement l’association Solidarité Femmes par téléphone.

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