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Du haut de ses 27 ans, Billy Fumey, représentera la Franche-Comté lors du « Liet International », l’équivalent de l’Eurovision en langues régionales, à Leeuwarden aux Pays-Bas, capitale européenne de la culture cette année.

« Participer à la finale c’est beaucoup de pression, c’est un véritable tremplin qui peut faire basculer une carrière », avoue l’artiste. En effet, le 23 mai prochain, il défendra les couleurs de sa Franche-Comté natale aux côtés de 14 autres candidats européens tels que l’Écosse ou encore la Laponie, lors de la finale du Liet international 2018. Pour lui, c’est notamment l’occasion de « rencontrer d’autres artistes pour échanger, s’inspirer et surtout d’être représenté dans des médias étrangers. »

« Comme la Jamaïque aux Jeux olympiques d’hiver ! »

Une aubaine pour celui qui, en septembre dernier, a décidé d’abandonner son emploi d’aide-soignant dans une maison d’accueil spécialisée pour se consacrer entièrement à son art. « J’ai déjà participé à deux demi-finales pour ce concours en 2012 et 2014 mais cette finale c’est un peu comme la Jamaïque aux Jeux olympiques d’hiver ! », s’amuse-t-il.

L’Arpitan, le patois local surtout parlé au sud de la Loue 

« J’ai commencé la guitare et le chant à 18 ans mais tout a vraiment basculé lors d’un séjour en Bretagne. Là-bas, la musique et la culture bretonne sont très marquées, je trouvais dommage qu’on se prive de nos richesses linguistiques régionales en Franche-Comté. En rentrant j’ai alors rencontré des personnes pour apprendre l’Arpitan, le patois local, surtout parlé au sud de la Loue. Aujourd’hui, le dialecte est encore parlé par une centaine de personnes. L’Arpitan ressemble beaucoup à l’Italien », raconte Billy Fumey.

Des dialectes régionaux inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco

Très vite, il compose alors ses propres chansons avant de faire ses premiers pas sur scène en 2010 : « Pour m’inspirer, il suffit d’ouvrir la fenêtre et je retrouve tous les thèmes de la musique franc-comtoise comme l’amour ou encore l’écologie. » Désormais, il apprend le Franc-comtois, dialecte appartenant à la famille des langues d’oïl, davantage utilisé au nord de la Loue. Fervent défenseur des richesses linguistiques de sa région natale, Billy Fumey a dernièrement créé un Institut de promotion des langues régionales de Franche-Comté : « Le but de l’Institut est d’informer le grand public sur l’Arpitan et le Franc-comtois, langues régionales inscrites au patrimoine immatériel de l’Unesco, que j’enseigne à l’occasion de cours particulier. Nous sommes aussi en train de travailler sur un projet de signalisation bilingue aux entrées et sorties d’agglomérations. »

« On peut tout à fait chanter en langues régionales et s’exporter »

Promouvoir les richesses linguistiques de la région au-delà du continent

Toujours pour contribuer au rayonnement du patrimoine linguistique régional, Billy Fumey se produit régulièrement aux États-Unis depuis 2016 : « On peut tout à fait chanter en langues régionales et s’exporter. » D’ailleurs, l’artiste est à la recherche d’un producteur pour étendre sa notoriété.

« Donner le meilleur le Jour J »

Pour tenter de conquérir le jury et le public du concours à Leeuwarden le 23 mai, Billy Fumey présentera une chanson qu’il a lui-même composée et dont la maquette a été enregistrée à Battant à Besançon. « La chanson s’intitule Bondze Heidi, ce qui signifie Bonjour Heidi en Arpitan. Il s’agit d’une balade folk qui évoque la rencontre au sommet du Mont d’Or de deux orphelines c’est-à-dire la Franche-Comté, orpheline de ses libertés et Heidi, orpheline de parents. » Pour se démarquer, il sera également le seul artiste à alterner avec du Yodel : « il faudra donner le meilleur le Jour J. » Alors, comme on dit en Arpitan, Èvindzi (en avant) pour la finale !

Louise De Châteaublanc
L’actu en plus

On l’imagine chantée par les fillettes aux longues tresses et costumes bavarois du XIXème siècle, pourtant le Yodel est répandu dans le monde entier. Il s’agit d’une technique de chant qui consiste à passer rapidement de la voix de poitrine à la voix de tête. En Suisse, cette technique est aussi appelée youtse. À l’origine, cette forme de chant s’est surtout développée dans les régions montagneuses et inaccessibles telles que l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse pour communiquer d’une colline à l’autre ou rappeler les vaches.

Créé en 2002, le Liet international est une alternative au concours de l’Eurovision de la chanson qui bénéficie du patronage du Conseil européen. Il est exclusivement réservé aux musiciens qui s’expriment dans les langues régionales et minoritaires d’Europe. C’est la raison pour laquelle il est interdit d’y chanter en anglais. En frison occidental (principalement parlé dans la province néerlandaise), le mot « liet » signifie « chant ».

En 1992, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une charte européenne des langues régionales ou minoritaires visant à protéger les langues historiques régionales et langues des minorités en Europe. D’après Billy Fumey, la charte vise notamment à « favoriser l’emploi de ces langues dans la vie privée et publique. » La France a signé la Charte en 1999 ce qui signifie que de l’Union Européenne peut lui proposer des engagements, mais ne l’a pas ratifiée. Par conséquent, l’Union Européenne ne peut pas imposer d’engagements à la France.

En découvrir plus sur : la page Facebook de Billy Fumey.

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