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Peintre mais aussi poète, graveur, compositeur, écologiste, humaniste militant et agitateur d’idées, le montbéliardais Jean Messagier est mis à l’honneur dès le 22 mars prochain au Musée des Beaux-Arts de Dole. 

Dynamique et pertinent, le musée dolois célèbre cette année un artiste incontournable de la scène artistique française et internationale des années 1950 à 1980. Un beau coup de projecteur sur un artiste comtois que l’on aurait peut-être trop vite oublié. Son talentueux aîné Ornanais lui aurait t-il laissé un peu de place sur la scène artistique locale ? Deux générations, deux œuvres et deux personnages fondamentalement opposés que l’on ne saurait comparer, si ce n’est au travers de leur amour pour la nature et leur engagement pour la liberté.

L’exposition présentée pendant six mois au Musée des Beaux-Arts de Dole porte un regard rétrospectif sur son œuvre, à son image : intense, libre, amoureuse de la vie. Ode à Jean Messagier par Amélie Lavin et François Michaud, commissaires de l’exposition.

Tous les sexes au printemps…

« Comme les méandres du Doubs si chers à Jean Messagier, les sillons que creusent les artistes sur les chemins de l’histoire de l’art sont parfois complexes et tortueux. Messagier, célèbre dès les années 1950, exposé dans le monde entier, ami des peintres, des rock-stars et des poètes, entame la décennie 1980 avec une exposition rétrospective au Grand Palais qui marque alors, paradoxalement, le début d’un certain oubli. Les raisons sont multiples qui font qu’aujourd’hui l’œuvre de cet immense artiste est en partie oubliée, en tout cas méconnue, et fait l’objet, sans doute, d’un malentendu. Messagier, abstrait ?

Jean Messagier tous les sexes au printemps exposition musée beaux arts dole
« Dans cette quête d’un absolu pictural qui se met en marche, le peintre n’oublie jamais la quête d’une communion tout aussi absolue avec son pays, la Franche-Comté » (Alexandre Rolla) – Crédit Messagier_Ceysson_Greta Garbo

Surgissent alors ces images d’entrelacs colorés, cette peinture dite « de laveur de carreaux », qui fut, il est vrai, celle de ses premiers succès et de sa consécration, mais qui n’est qu’une des facettes d’une œuvre gigantesque et protéiforme, qui n’a cessé de se mettre en danger et de se réinventer.

L’objet de la rétrospective imaginée au musée de Dole en 2019 est de montrer clairement que Messagier travaille au-delà des questions de figuration et d’abstraction, dans une urgence de peindre, de dessiner, de créer, qui a comme principale obsession celle de répondre à la cruelle créativité de la nature. Messagier, spécialiste ès-printemps, écologiste presque avant l’heure, expérimentateur de la peinture par le gel en hiver, poète de la sève et du pollen, puise son souffle dans celui, vital, libidinal de la nature. C’est la même énergie qui le pousse à toucher à tout, avec une liberté et un désintérêt manifeste pour l’opinion ou la critique.

Peu importe qu’on le dise fou – au contraire même – Messagier le peintre abstrait presque américain n’en a jamais fini avec la figure ou la figuration et se permet dès les années 1970 à la fois de convoquer des images issues de la culture populaire comme Goldorak, le Marsupilami, Betty Boop, des figures glamour comme Lady Di ou Greta Garbo, de bousculer ses maîtres en citant Delacroix, Matisse, Picasso… avec une totale irrévérence. Ces années 1970-80, où vont se faire face la trivialité joviale des œufs sur le plat, des radis, des mille feuilles géants d’un côté et de l’autre la poésie des coquelicots, des pâquerettes, des
gels, des monotypes avec impressions directes de feuilles ou de dentelles… Soucieux d’être
contemporain de son époque Messagier le sera toujours, et son œuvre, si on l’embrasse autant que possible dans sa globalité, porte à la fois sa signature et l’esprit de son temps.

Jean Messagier tous les sexes au printemps exposition musée beaux arts dole
« Aujourd’hui dans l’autobus 83, en passant devant le Grand Palais, je surprends la fin d’une conversation de deux personnes placées devant moi : Messagier, celui qui peint avec une éponge » Jean Messagier. Crédit Musee Montbeliard_Leurres

Après les expérimentations débridées des années 1970-80, le tournant 1988-90 sera celui d’un nouveau geste plus concentré, d’une sorte de synthèse où les grands coups de brosse et la couleur ample et roborative, condensent en somme toute l’énergie de l’artiste.

La rétrospective du musée de Dole tente de montrer l’œuvre de Jean Messagier dans sa plus grande diversité, couvrant l’ensemble de sa carrière de la fin des années 1940 jusqu’aux dernières peintures des années 1990, présentant une centaine d’œuvres, peintures, œuvres graphiques, sculptures ainsi que films et photographies évoquant la dimension performative de son travail. Elle fera la part belle à la liberté de l’artiste, et à sa merveilleuse poésie :

« Pour croquer les bonbons d’avril, défroissez le papier des bourgeons : ne le jetez pas, il servira pour mai. Laissez fondre, dans la bouche, les paupières levées lentement, pendant des années. Placez-les sur la langue pour la gastronomie et pour l’amour. Continuez à les laisser fondre même si tous les gels du monde les durcissent, même si le tirage de juillet à quatre épingles est long, même si le bruit de tous les
cœurs battants devient fou, même si les échangeurs du matin se détraquent, accélérez la dégustation pour remplir vos sacs à paysage, pour rentrer vos regards, pour comprendre les systèmes informationnels et les algorithmes. Ça va ? » (Extrait du journal de l’artiste)

Amélie Lavin et François Michaud
L’actu en plus : 
Jean-Messagier est né à Montbéliard en 1920. Sa carrière artistique ne débute que dans les années 40, décennie faste pour le comtois qui tombe sous le charme de Marcelle Baumann, une céramiste qu’il fréquente aux Arts Déco et épouse en 1944. Les deux artistes ont en commun la Franche-Comté, puisque cette dernière est l’une des filles de Walter Baumann, directeur de la chaiserie de Colombier-Fontaine dans le Doubs. Les parents de Jean Messagier habitent alors Valentigney, son père étant employé aux cycles Peugeot de Beaulieu-Mandeure.
"Tous les sexes du printemps", Jean Messagier 1920-199 au Musée des Beaux-Arts de Dole
du 22 mars au 15 septembre 2019
85 rue des Arènes 39100 Dole
Tél. : 03 84 79 25 85

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