TER Bourgogne Franche-Comté : Dépenser mieux ou dépenser plus ?

0
354
TER Bourgogne Franche Comté
L'image est une chose... La réalité est toute autre ! © YQ
- Annonce -

L’opposition était trop forte au sein de sa propre majorité. Vendredi 25 mai 2018, la présidente PS du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, a retiré de la convention TER 2018-205 l’article prévoyant l’ouverture à la concurrence d’une ou deux lignes de trains régionaux.

De communiqués de presse en annonces vengeresses des uns puis des autres, la presse a rendu compte du vote anti-démocratique, voire d’une décision dictée par l’ultra-libéralisme de Bruxelles. Il est bon que les lecteurs aient une autre vision de l’avenir du transport ferroviaire en Bourgogne Franche-Comté. En acceptant le diktat de l’extrême gauche de sa fragile majorité, Marie-Guite Dufay va encore puiser dans la poche des contribuables les quelques 240 millions d’euros que la région dépense chaque année pour « le-service-public-que-le-monde-entier-nous-envie »… Alors que les communistes et les écologistes n’ont aucun élu au conseil régional de la grande région, ce sont eux qui ont fait reculer au dernier moment la présidente de région.

La SNCF sous perfusion des régions
Réseau TER ferroviaire et routier en Bourgogne Franche-Comté
Réseau TER ferroviaire et routier en Bourgogne Franche-Comté © DR

Si la nouvelle convention (2018-2025) prévoit une baisse de 12.5% de la contribution régionale à l’ogre SNCF, celle-ci passant de 240 à 209 millions, on notera que l’opérateur historique prévoit sur la même période une hausse de la fréquentation permettant de diminuer de 27% le coût-km. En arithmétique, cela signifie une augmentation nette de 15% de la subvention régionale. Encore faut-il s’interroger sur les prévisions d’un exploitant qui a fait de l’inefficacité sa marque de fabrique depuis des décennies en région. Ce n’est pas avec 37 trains supplémentaires que cette gabegie va cesser, bien au contraire… Certains trains ne transporteront que quelques passagers !

Article 19, l’article des discordes

La réforme ferroviaire prévoit expressément une ouverture obligatoire à la concurrence en 2023 pour les réseaux régionaux de transport ferroviaire. Afin de préparer ce changement, la Région souhaitait expérimenter la mise en concurrence dès 2019, s’agissant en particulier de la ligne Besançon-Dijon. Au cœur du conflit qui oppose le gouvernement et les cheminots de la SNCF, la proposition a fait « grimper aux rideaux » le parti communiste et les écologistes. Ceux-ci, qui n’ont aucun élu en tant que tels au conseil régional faut-il le rappeler, ont réussi à faire reculer la présidente de région qui a eu bien du mal à justifier un revirement de dernière minute : « La concurrence n’est pas une fin en soi. Nous pensons que c’est parfois un moyen pour améliorer la qualité du service pour l’usager, mais pas un impératif catégorique… Lorsque l’ouverture à la concurrence est mal préparée, elle peut être néfaste. C’est pour cela que la région devra la réguler… Une confusion s’est installée entre les enjeux du débat national en cours et les enjeux du débat régional. »

l'avenir du transport ferroviaire régional au coeur du conflit SNCF
L’avenir du transport ferroviaire régional au coeur du conflit SNCF © DR

Communistes et écologistes se sont empressés de s’octroyer une victoire politique, sans trop se soucier du coût final pour les clients du train. « C’est une très bonne nouvelle pour toutes celles et ceux qui se mobilisent aujourd’hui pour la défense et l’extension du service public. C’est un encouragement pour la poursuite du combat courageux des cheminots », s’est félicité le Parti communiste tandis que les élus EELV de Bourgogne et de Franche-Comté ont souligné que « l’obtention du recul de la privatisation du rail a été obtenu grâce à la forte interpellation des écologistes. C’est une victoire pour toutes celles et ceux qui défendent un réel service public des transports ferroviaires pour tous, maillant le territoire y compris les zones peu denses ».

Réseau dense pour quelle fréquentation ?

Le réseau des trains express régionaux (TER) est de la compétence des régions, conséquence de la LOTI (Loi d’Orientation des Transports Intérieurs) publiée en décembre 1982.  Elle affirme un droit au transport devant permettre de se déplacer « dans des conditions raisonnables d’accès, de qualité et de prix ainsi que de coûts pour la collectivité »… Depuis plus de 35 ans, les utilisateurs quotidiens des TER peuvent s’interroger sur la qualité du service ; quant aux contribuables, le coût pour les collectivités n’a cessé d’augmenter pour alimenter le gouffre financier de la SNCF. Est-il politiquement incorrect de poser la question de l’utilité de certaines lignes ferroviaires quand des mini-bus apporteraient un meilleur service de proximité pour les habitants de certaines zones rurales ? Est-il politiquement incorrect de poser la question du coût des transports régionaux, premier poste de dépenses pour le conseil régional ? Il serait politiquement incorrect de ne pas se poser les bonnes questions.

1 milliard 600 millions d’euros seront consacrés sur les 8 prochaines années par les contribuables bourguignons et franc-comtois au transport ferroviaire de proximité. Et si la mise en concurrence devait diminuer la pression fiscale tout en améliorant l’efficacité du service aux clients, qui s’en plaindra… à l’exception des cheminots de la SNCF !

YQ

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here