Suppression de l’ISF : les remords de l’aile gauche de la majorité

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Frédéric Barbier, le 10 novembre dernier lors de sa visite des coulisses de France 3 Bourgogne Franche-Comté - Crédit DR
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Le premier budget du quinquennat d’Emmanuel Macron a passé une étape majeure le 21 novembre. À l’issue de la première lecture à l’Assemblée nationale, le projet de loi de finances (PLF) 2018 a été adopté, de façon prévisible, avec 356 voix pour et 175 voix contre. 27 députés se sont abstenus.

Désormais, c’est au Sénat d’examiner ce texte fondamental, qui est un véritable marqueur pour tout nouveau pouvoir exécutif. Son adoption définitive devrait avoir lieu le 22 décembre prochain.
D’ici là, le chef de l’Etat bénéficiera à coup sûr de la solidité du groupe majoritaire La République en marche (LREM), uni comme un seul homme derrière son chef. Toutefois, comme ce fut le cas lors du premier passage du PLF 2018 au palais Bourbon, le groupe LREM devra s’accommoder de quelques dissensions sur certains aspects du texte. Notamment la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), totem instauré en 1982 qui doit disparaître au profit d’un impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Contrôle a posteriori ?

La disparition de l’ISF vaut pour les 351 000 ménages français les plus riches. Elle représente une baisse de recettes de 3,2 milliards d’euros. Mais derrière cet acte politique fort, il y a la volonté affichée d’interrompre la fuite de certains capitaux placés à l’étranger du fait de la pression fiscale.

Un pari qui n’enthousiasme pas particulièrement certains députés LREM, à commencer par l’ancien écologiste François-Michel Lambert, élu dans les Bouches-du-Rhône. Dès les premiers débats autour de la suppression de l’ISF, au mois d’octobre, celui-ci annonçait qu’il serait “le premier à demander qu’il y ait le contrôle et (…) le retour de l’ISF si nous avons été trompés par ceux qui en bénéficient”.
Interrogé par ActuBisontine, le député persiste et signe. “Je confirmerai mes positions lors de la deuxième lecture à l’Assemblée. Je demande à ce que dans deux ans, l’on fasse un bilan précis de l’impact concret de cette suppression. Si cela n’a fait qu’enrichir, je militerai pour que l’on remette l’ISF sur la table”, affirme-t-il.

“On n’a pas accès au centre décisionnel”

Plus globalement, cet élu de l’aile gauche de LREM se dit en profond désaccord avec certains membres de la majorité et du gouvernement, qu’il juge “trop libéraux”. “On n’a pas d’espace pour débattre de ces questions pourtant cruciales. Il y a un centre décisionnel – à savoir, l’Elysée et Bercy – auquel nous n’avons pas accès”, déplore-t-il.

Même son de cloche du côté de Eric Alauzet, député LREM du Doubs, lui aussi ancien écologiste. Prudent, il conserve son “appréhension” vis-à-vis de la disparition de l’ISF. “J’ai un blocage avant tout moral et éthique. On parle d’un impôt qui représente 1% de la collecte fiscale, ce qui n’est quand même pas grand-chose par rapport aux 40 milliards d’euros de déficit qui pèsent sur la France. Donc c’est une réforme qui ne correspond pas à mon élan naturel”, avoue-t-il auprès d’ActuBisontine.

Son collègue Frédéric Barbier, également élu du Doubs, a carrément voté contre. “Ce sont (…) principalement des contribuables modestes qui vont devoir mettre la main à la poche”, déclarait-il le 24 octobre.
Mais Eric Alauzet, lui, se veut plus optimiste que ses collègues. “J’ai consulté les membres de mon groupe et de ma commission – celle des finances – qui en savaient davantage. J’ai une forme d’espoir et de curiosité. On verra si ça marche”, explique-t-il. Et le député majeur d’ajouter: “Après tout, ce n’est qu’un totem.

Jules Pecnard

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