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L’absence de pluie depuis le mois de juin dans tout le département a contraint le Préfet du Doubs à prendre des décisions de restriction de la consommation d’eau potable. La situation demeure très tendue et nécessite d’autres mesures et surtout un diagnostic partagé entre les services de l’Etat et les communes concernées. C’est dans ce cadre que le Préfet a réuni les élus le 24 octobre pour mettre en œuvre de nouvelles dispositions.

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Des villages alimentés par camions citerne, de l’herbe poussant dans les bassins du Doubs, des rivières amincies, disparues, le lac de Vouglans entouré de falaises… La situation en Bourgogne-Franche-Comté reste l’une des plus inquiétantes en France – Crédit DR
Le réchauffement climatique n’a pas transformé la géologie du massif jurassien

Dans les reliefs karstiques comme ceux des plateaux du Doubs, l’eau ne ruisselle pas principalement  en surface, elle s’infiltre aussi dans le sous-sol. L’eau de pluie se charge en dioxyde de carbone contenu dans le sol (décomposition naturelle des matières organiques). L’acidité de l’eau va ainsi dissoudre la roche calcaire et attirer l’eau dans des grottes, des cavités et des rivières souterraines créant parfois des résurgences. Il a été démontré par exemple que la Loue est une résurgence du Doubs ; en août 1901, lors de l’incendie d’une usine d’absinthe de Pontarlier, les cuves de « fée verte » sont déversées dans le Doubs. 2 jours plus tard, la source de la Loue présente une couleur verte et l’odeur caractéristique de l’absinthe.

Déjà en 1906, les bassins du Doubs étaient totalement asséchés sur plusieurs kilomètres comme cette année. Dès 1863, avait été envisagé un projet pour surélever le lac Saint Point pour maintenir un débit constant à la rivière.

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A proximité de Villers-le-Lac, les Bassins du Doubs sont métamorphosés. De l’herbe pousse désormais dans le lit de la rivière. Il faut remonter à 1906 pour trouver une situation de sécheresse plus ou moins identique à celle observée aujourd’hui. Crédit R. Gallet

En ce début d’automne, le niveau des nappes phréatiques n’est pas inquiétant selon le Directeur Départemental des Territoires du Doubs. Les fortes précipitations du printemps ont rétabli un équilibre normal. « Suite à la sécheresse que le département connaît depuis quatre mois, il ne faudrait pas que nous passions d’une période de canicule à un hiver rigoureux et sec », poursuit le patron des Territoires. Yannick Cadet, chef du service eau, risques naturels et forêt à la DDT du Doubs note toutefois que la température moyenne de cet été n’a jamais été aussi haute depuis que les relevés existent.

Les conséquences du sous-sol karstique, caractéristique du Doubs sur les réserves d’eau en surface, sont donc également impactées par des périodes de sécheresse longue comme celles que nous connaissons actuellement.

sont d’ores et déjà approvisionnées en eau potable par des camions citernes sur le bassin versant du Doubs, depuis la source de la rivière à Mouthe jusqu’à Baume-les-Dames.
Le barrage de Fourbanne vers Baume-les-Dames, à sec. Les habitants n’avaient jamais vu ça. Crédit : L. Joly
La priorité à l’eau potable

Dans le Doubs, 34 communes sont d’ores et déjà approvisionnées en eau potable par des camions citernes sur le bassin versant du Doubs, depuis la source de la rivière à Mouthe jusqu’à Baume-les-Dames : Autechaux Roide, Les Alliés, Arc-sous-Cicon, Battenans-Varin, Cour Saint-Maurice, Fleurey, Granges-Narboz, Hauterive-la-Fresse, Huanne-Montmartin, Hyémondans, Hameau bois la ville (Hyevre paroisse), Le Luhier, Montancy bremoncourt, Neuchâtel-Urtière, Ouvans, Plaimbois-Vennes, Peuseux, La Prétière, Randevillers, Solemont, Tournans, Tournedoz (Anteuil), Valoreille, Vaucluse, Vauclusotte, Vaufrey, Vellerot-lès-Belvoir, Vellevans, Landresse, Morteau, les Combes, Fuans, Fournet Luisans, Voillans – Hameau du Creux de l’Alouette.

Lors de la réunion avec les élus, le Préfet a souligné que la priorité restait l’accès à l’eau potable de tous les habitants du département. Pour Eric Lalaurie, Chef de service Santé Environnement à l’ARS Bourgogne Franche-Comté, l’eau distribuée est de qualité alimentaire ; les habitants concernés n’ont aucune inquiétude en matière sanitaire.

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Les points de tension dans le Dubs : ces communes en crise d’eau potable – Crédit Préfecture du Doubs
Économiser l’eau courante au quotidien

Au-delà des communes fortement impactées par le manque d’eau potable, les services de l’Etat rappellent des mesures d’économie qui concernent l’ensemble de la population :

  • Préférer la douche au bain (10 fois moins de consommation d’eau)
  • Fermer le robinet entre deux usages (un robinet ouvert c’est environ 12 litres par minute)
  • Faire tourner lave-vaisselle ou lave-linge à pleine capacité
  • Vérifier les fuites éventuelles
  • Privilégier les équipements sanitaires économes en eau : une chasse à double bouton, un pommeau de douche économique limite la consommation d’eau en aérant le jet…

L’eau est une ressource précieuse, l’économiser au quotidien profite à tous.

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Même si la situation est moins préoccupante sur Besançon, le Doubs baisse à vue d’oeil. Crédit Grand Besançon
Des mesures d’urgence seront éventuellement mises en place

Le lac de Saint Point, l’un des plus vastes lacs de montagne de France, est le « château d’eau » du département. Face à la baisse continue du niveau du lac, le Préfet avait déjà donné la consigne de baisser les vannes de sortie du lac et conserver un débit minimal de 200 litres/seconde pour maintenir l’alimentation du Doubs en aval. Certaines procédures administratives vont être accélérées pour agir plus efficacement.

Des études vont être menées pour l’aménagement du lac de Saint Point en « zone humide ». Ce scénario d’avenir nécessite un cahier des charges partagé avec tous les acteurs et particulièrement les élus des communes qui bordent le lac.

Si aucune précipitation pluvieuse importante ne devait intervenir d’ici une quinzaine de jours, les services de l’Etat pourraient ordonner des coupures d’eau potable

Si aucune précipitation pluvieuse importante ne devait intervenir d’ici une quinzaine de jours, les services de l’Etat pourraient ordonner des coupures d’eau potable tout en assurant un approvisionnement en eau, nécessaire à la vie quotidienne mais éventuellement impropre à la consommation alimentaire. L’hypothèse est peu probable à l’heure actuelle selon Nicolas Regney, le Directeur de Cabinet du Préfet du Doubs. La rencontre entre les élus et le Préfet a permis de démontrer une réelle volonté d’entraide entre les collectivités et le souci de travailler à l’avenir à des ressources pérennes en eau potable pour l’ensemble de la population.

A juste titre, le Préfet a souhaité agir sur l’approvisionnement en eau potable. Les conséquences négatives des restrictions en eau pour l’activité économique et agricole sont prises en compte secondairement, qu’il s’agisse des activités industrielles ou commerciales, de l’agro-alimentaire (pour les fromageries en particulier) ou de l’abreuvement des troupeaux. Les prévisions de Météo-France font état de précipitations pluvieuses importantes pour cette fin de semaine. Il est prévu 20 mm de pluie pendant le weekend, ce qui correspond à une semaine de précipitations en moyenne ; ce ne sera pas suffisant.

« Construire les villes à la campagne, l’air y est plus sain » disait Alphonse Allais. La multiplication des lotissements en zone rurale répond peut-être à l’humour décapant du journaliste et humoriste du XIXème siècle. Le bétonnage de nos paysages a aussi comme conséquence l’assèchement des sols. A l’inverse d’Alphonse Allais, il serait temps de remettre de la campagne en ville. Réinvestir les villes en rénovant le bâti ancien, conserver leur ruralité aux communes périphériques, c’est aussi une façon de maintenir l’équilibre hydrologique des territoires.

YQ

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