- Annonce -

Depuis lundi, les infirmiers de l’équipe de nuit du service d’accueil des urgences de Besançon sont en arrêt maladie pour épuisement professionnel.

Partout en France, les services d’urgences hospitalières sont en crise depuis des mois. Mi-juin, plus de la moitié des aides-soignantes et des infirmières des urgences de l’hôpital Saint-André à Bordeaux avaient été placées en arrêt maladie. Depuis lundi, la situation se répète au service d’accueil des urgences du CHRU de Besançon, lequel est en grève depuis déjà six semaines pour réclamer des moyens supplémentaires. À bout, tous les infirmiers et infirmières de nuit qui devaient prendre leur service lundi 24 juin, ont été arrêtés par leur médecin et ce, pour une durée de 15 jours.

D’après le syndicat Sud Santé sociaux, « les équipes sont épuisées. » Sont en effet pointés du doigt : « le sous-effectif permanent, l’augmentation de la charge de travail, le manque de moyens et la non-reconnaissance du travail ».

Le syndicat dénonce également la suppression d’un poste d’infirmière alors que les équipes revendiquent du personnel supplémentaire « pour faire humainement face à la charge de travail. » Sud Santé sociaux précise pourtant que « le budget de l’hôpital affiche un excédent. L’heure est à la création des postes et non à leurs suppressions pour prendre correctement les patients en charge et en finir avec la souffrance au travail. »

arrêts maladie grève urgences besançon
Malaise aux urgences de Besançon où tous les infirmières et infirmiers de nuit ont été placés en arrêt maladie. DR
« Le service est constamment en tension »

Émilie Lambla Sudan, infirmière depuis quatre aux urgences de nuit est concernée par un arrêt maladie. Son deuxième en sept ans aux urgences de Besançon. Elle ne décolère pas : « La nuit, il n’y a qu’une seule infirmière par salle : on ne peut pas s’entraider, le service est constamment en tension. »

Elle précise : « Une infirmière supplémentaire était présente tout l’hiver, ce poste a été supprimé sous prétexte d’une diminution de l’activité… On parle de cinq à dix patients en moins par 24h… C’est insignifiant et avec ces fortes chaleurs, les urgences risquent d’être prises d’assaut. »

Selon elle, l’effectif insuffisant, la pression et le stress permanents que les infirmiers de nuit subissent nuisent à la qualité des soins : « Seuls, nous risquons de blesser un patient lorsqu’on le déshabille ou le déplace, comme nous ne pouvons pas être partout, il y a aussi forcément une répercussion sur la prise en charge… »

« On travaille comme à l’usine »

L’infirmière dénonce donc un surmenage qui l’empêche de prioriser lorsque les patients et leurs proches affluent. « Lorsque je prends mon service à 21h, il y a déjà une vingtaine de patients installés en salle d’attente, des ambulanciers attendent, le téléphone sonne, des proches arrivent pour avoir des nouvelles d’un proche malade… On travaille comme à l’usine mais avec des personnes humaines. Il faut aussi savoir que le manque d’effectif entraîne de longues attentes qui finissent par énerver certains patients. Dans ces moments-là, nous sommes en première ligne ! »

« Obligés de brailler dans les couloirs » pour un thermomètre

Autre motif de revendication pour Émilie Lambla Sudan et ses collègues, le manque de moyens matériels… « Nous n’avons même pas un thermomètre chacun, nous sommes obligés de brailler dans les couloirs pour savoir qui en a un. Ce n’est absolument pas professionnel. » Des exemples, elle en a des tas : « Pendant des années, nous n’avions qu’un seul lave-bassin, chargé de désinfecter les bassins dans lesquels les patients font leurs besoins, on ne pouvait donc laver qu’un seul bassin à la fois. Résultat : ça sentait la merde dans tout le service ! Ce n’est pas une manière de traiter des patients. » Ces infirmiers placés en arrêt maladie en sont convaincus : « La hiérarchie ne comprend pas nos difficultés. »

Militine GUINET

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here