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Gilets jaunes, attentat de Strasbourg, météo maussade, baisse du pouvoir d’achat… la frénésie de Noël est loin d’avoir gagné les échoppes. À moins de deux jours avant Noël, les commerçants, qui ont constaté des baisses significatives de leur fréquentation et de leur chiffre d’affaires, ne sont pas à la fête. Ils s’affairent et tentent, coûte que coûte, de limiter l’impact.

La secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, l’a affirmé. Le secteur du commerce devrait accuser un recul de 25% de son chiffre d’affaires sur un an. La faute à un contexte social morose et son lot de manifestations de gilets jaunes et de lycéens, ayant entraîné des vols, de la casse mais aussi la fermeture de certains magasins pendant cinq week-end d’affilée. Toujours d’après la Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, à l’échelle nationale, « des milliers d’emplois sont en jeu ». En effet, près de 43 000 personnes en chômage partiel auraient été demandées.

« Les clients n’ont même pas osé venir de peur de rester coincés ou de subir la violence des manifestants… »

À Besançon, le moral des commerçants n’est pas au beau fixe. « Depuis le 17 novembre, on morfle ! », affirme l’un d’eux en attendant les premiers clients.

Ursula Caramello, directrice de la boutique de prêt-à-porter Antonelle, dans la Grande rue, dresse le même constat : « C’est une catastrophe ! En termes de fréquentation et de chiffre. On a perdu quatre samedis, ça représente une somme considérable sur mon chiffre », désespère-t-elle avant d’ajouter : « À cause des manifestations en ville, les clients n’ont même pas osé venir pour leurs retouches de peur de rester coincés ou de subir la violence des manifestants… »

« Nous ne rattraperons pas les pertes »

Selon elle, les mobilisations successives n’ont rien arrangé au problème de la désertification du centre-ville bisontin, « qui ne date pas d’aujourd’hui » : « Les clients se plaignent quotidiennement du prix des places de stationnement. Tous ces éléments sont des plots aux pieds pour nous, petits commerçants ». Déterminée, elle s’efforce de sauver le mois : « J’ouvre plus tôt le matin pour les éventuels clients qui voudraient passer avant de se rendre au travail mais nous ne rattraperons pas les pertes. »

Fréquentation en berne, baisse du chiffre d’affaires, vols, casse : les commerçants rient jaune

« Impacté ? Qui ne l’a pas été ? », interroge Françoise Legros, la propriétaire de la boutique Juliette Lingerie, rue des Granges. Pour elle aussi, les blocages et le passage des manifestations au centre-ville auront eu raison de sa fréquentation. « C’est un sacré manque à gagner. J’ai dû faire 20% de chiffre d’affaires en moins sur la période novembre-décembre par rapport à 2017… »

S’il n’a pas directement subi la baisse de fréquentation liée aux déambulations de gilets jaunes, Frédérick Guyon qui tient le magasin de jouets en bois, La Paillotte, enregistre néanmoins des dégâts : « Les lycéens passaient devant la boutique pour se rendre au Rectorat, j’ai eu des vols et de la casse qui induisent forcément des pertes. »

Cécile Girardet, présidente de l’Union des commerçants de Besançon depuis deux ans et propriétaire de La Fabrique Gourmande, confirme le désastre : « Tous les commerces ont été impactés, d’autant plus que ça s’est inscrit dans la durée : ça fait plus d’un mois que ça dure. Entre 30% et 40% de chiffre d’affaires en moins ont été comptabilisés. Les fêtes constituent tout de même la période la plus importante pour les commerçants… On tente de rattraper la trésorerie comme on le peut en ouvrant les dimanches et en prolongeant les heures d’ouverture en soirées mais… ça ne suffira pas ».

Elle reste positive : « Malgré tout, cette année, le marché de Noël, l’expo de sculptures sur glace et bien sûr, la grande roue, ont attiré les clients au centre-ville, c’est un excellent point. »

Et ailleurs en Franche-Comté ?

Direction Pontarlier. Terre privilégiée du chaland suisse. Habituellement, du moins, car ils ont boudé le Haut-Doubs ces dernières semaines… Denis Gérôme, président de la fédération Commerces et Artisanat du Grand Pontarlier fait les comptes : « La mobilisation des gilets jaunes a été très douloureuse à vivre pour les commerçants qui, en moyenne, notent une baisse de 25% sur leur chiffre. D’autres, ont carrément perdu plus de 40%… »

30% des consommateurs dans le Haut-Doubs sont Suisses

La faute, selon lui, à l’absence des clients suisses qui représentent un tiers des consommateurs de Pontarlier mais également des zones commerciales localisées à Doubs et à Houtaud: « Ces évènements ont dissuadé les Suisses de venir faire leurs achats ici. Malgré l’apaisement, ces derniers jours, ils ne reviennent pas. Les mesures prises pour renforcer la sécurité sur le marché de Noël suite à la fusillade de Strasbourg ont aussi eu un effet sur la fréquentation du centre-ville ». Il en est convaincu : « C’est une année difficile ». Pour contourner les pertes, une campagne de communication à destination de la clientèle suisse vient d’être lancée.

Cette année, les Français ont un budget de 358 euros pour les cadeaux (pour huit personnes). Pour le repas, ils vont dépenser 122 euros et 66 euros pour la décoration, un total de 546 euros d’après un sondage mené par CSA pour Franfinance. DR
Cette année, les Français ont un budget de 358 euros pour les cadeaux (pour huit personnes). Pour le repas, ils vont dépenser 122 euros et 66 euros pour la décoration, un total de 546 euros d’après un sondage mené par CSA pour Franfinance. DR
L’annonce du prélèvement à la source : un frein à la consommation

D’après, François Del Fiol, président de l’association des commerçants de Montbéliard, la CAEM, « le marasme économique a commencé dès l’annonce du prélèvement à la source. Les seniors ont eu peur de voir leur pouvoir d’achat baisser. L’économie a aussi pris un frein lorsque les gens ont pris conscience que les fiches de salaires allaient être amputées en janvier… Personne n’a la tête à faire des achats .»

À Gray en Haute-Saône, les commerçants sont unanimes. « Morosité » est le mot le plus utilisé pour qualifier la situation. « Les clients boudent les magasins. Ils ont peur de se trouver bloqués, ils n’ont pas les moyens ni le cœur à acheter », indique Roberte Fouillot, propriétaire de la boutique Tentation, rue Thiers. Elle dénonce aussi des incivilités dont elle a été victime : « J’ai reçu des insultes anonymes au téléphone parce que le magasin était ouvert pendant les blocages ! On n’en peut plus… Quels gestes de l’État pour nous, commerçants, grands oubliés ? »

Militine GUINET

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