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Le billet d’humeur… Par Y.Q

Le conseil municipal de Besançon du 16 mai devrait voter le principe d’une subvention pour Notre-Dame de Paris… Est-ce bien raisonnable ?

« Les français méprisent l’argent, surtout celui des autres, mais l’adorent en secret. »

Dans un édito paru le 28 avril dans le Parisien, le philosophe et écrivain Pascal Bruckner s’insurge contre la polémique créée autour des dons pour la reconstruction de Notre-Dame.
Cela fait 230 ans que la nouvelle société née de la Révolution est fondée sur « l’envie, la jalousie et la haine impuissante »(Stendhal). « Les Français, ayant aboli les privilèges, voient toute inégalité comme une insulte à leur condition », poursuit le philosophe.
Plus près de nous, François Mitterrand méprisait l’argent : « Mon ennemi, c’est l’argent » et on se souvient de la phrase célèbre de François Hollande le 22 janvier 2012 au Bourget, « mon ennemi, c’est la finance ». Anémone, actrice décédée il y a quelques jours, était une grande bourgeoise parisienne disant détester l’argent. Comme c’est facile de cracher sur ce que l’on a en trop !

« Les français méprisent l’argent, surtout celui des autres, mais l’adorent en secret »

Et puis voilà l’exécrable polémique liée aux dons pour la reconstruction de Notre-Dame, liée aussi à de surprenants projets architecturaux, soi-disant pour rendre la cathédrale dans son siècle. Une polémique également sur le caractère sacré ou laïc de ce joyau de l’art gothique vieux de 850 ans.
Non pas qu’il faille prendre Ken Follett comme un historien académique, ce dont il se défend, mais tout de même, il faut avoir lu la trilogie autour des bâtisseurs de cathédrales (Les piliers de la terre, Un monde sans fin, Une colonne de feu) pour « tordre le cou » aux idées toutes faites inventées depuis la fin du XVIIIème siècle autour de Notre-Dame et de toutes les cathédrales gothiques d’Europe.

Non, les cathédrales de Paris, de Cologne, de Milan, de Séville ou de Burgos (entre autres) n’ont pas été construites, ici par des français, là par des allemands, des italiens ou des espagnols. Ces édifices religieux (eh oui, ils sont la mémoire de notre culture chrétienne), ce sont les artisans, architectes, artistes de l’Europe entière qui ont participé à leur construction.
Bien avant Ariane ou Airbus, les grands projets européens existaient déjà au Moyen-Âge. A quinze jours des élections européennes, voilà une belle manière de réconcilier les adeptes du fédéralisme européen et les tenants de « la France éternelle ». Cette France éternelle n’a jamais été aussi puissante que lorsqu’elle dépassait ses frontières. Rappelons-nous que le trône de Charlemagne était à Trêves de l’autre côté du Rhin.

La cathédrale de Burgos en Espagne, exceptionnelle pour plusieurs raisons, porte dans ses murs la trace de l’Europe millénaire. Construite entre 1220 et le XVème siècle, son architecture et les grandioses œuvres d’art à l’intérieur conjuguent l’art gothique français et allemand avec la folie baroque espagnole. Cette cathédrale sur plusieurs niveaux représente probablement le plus beau de l’art gothique européen.

Non, la cathédrale Notre-Dame de Paris n’est ni un musée, ni un lieu de promenade. C’est un lieu de prière et de recueillement. Certains voudraient même en faire un monument laïc. En 1793, dans ces moments horribles de la Terreur, Notre-Dame, comme toutes les églises de la république naissante devenaient « temples de la Raison ». 220 ans après, les héritiers de la Terreur voudraient à nouveau s’approprier une histoire millénaire.
Oui, la cathédrale Notre-Dame de Paris doit être reconstruite à l’identique. Les techniques et les matériaux ont changé, l’esprit de la prière et de la communion demeure intact.

« Il suffit de 24 heures pour trouver des milliards pour des morceaux de bois quand des millions de français vivent dans la précarité ».

C’est à peu de choses près, les propos tenus par des responsables politiques ou les bras armés des brigades étudiantes. Une responsable de l’UNEF n’a pas été poursuivie pour incitation à la haine raciale lorsqu’elle a tweeté que l’émotion devant le brasier de Notre-Dame n’était qu’un « délire de petits blancs ». La même s’était fendue d’un propos encore plus abject en décembre 2017 en estimant « qu’il fallait gazer tous les blancs, cette sous-race ». Certains syndicalistes allaient même jusqu’à dénombrer les milliers d’ouvriers morts pendant la construction de la cathédrale condamnés par un clergé richissime (les statistiques des accidents du travail n’existaient pas au XIIème siècle). Bien entendu, « il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres »… Quand bien même ! Les anciens pauvres devenus riches devront alors contribuer à la vie des anciens riches devenus pauvres… !

L’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame ne doit pas faire oublier l’état de délabrement du patrimoine historique et religieux français. A Besançon, l’ancienne abbatiale Saint-Paul (à l’angle des rues Bersot et d’Alsace) illustre 1 400 ans d’histoire. Cette magnifique abbaye, propriété de la ville de Besançon depuis les années 40, classée aux monuments historiques, n’a fait l’objet d’aucune restauration. L’édifice se détériore au fil des années.

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L’abbaye Saint-Paul à Besançon date du VIIe siècle. Classée aux monuments historiques, elle se détériore au fil des années © YQ

Meryl Laurent, professeure documentaliste de Besançon, entend lutter pour la préservation du patrimoine local. Elle a été rejointe par Pascal Bonnet, conseiller municipal LR de Besançon. Ils ont créé une page Facebook « Sauver l’abbaye Saint-Paul Besançon » pour sensibiliser la population bisontine à ce monument médiéval de grande valeur, ancien musée lapidaire fermé depuis 70 ans.

Jeudi 16 mai, le conseil municipal de Besançon serait bien inspiré de réunir passion et raison.
La raison : il ne sert à rien de voter une subvention municipale symbolique pour la restauration de Notre-Dame alors que les dons ont largement dépassé le budget de restauration.
La passion : Besançon, pierre précieuse sertie par le Doubs, est un joyau architectural. Et l’abbaye Saint-Paul mérite mieux que les quelques bâches plastique qui la protège bien mal des intempéries. Le patrimoine local sera aussi un enjeu des prochaines municipales.

YQ

 

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