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De Shakespeare à Walt Disney, le combat des juristes en herbe s’est exprimé dans la salle d’audience du TGI de Besançon. Le procès de Scar a tenu sa promesse d’une joute oratoire sous l’autorité d’Étienne Manteaux. Le Procureur de la République présidait une cour d’assises étonnante en l’espace d’un après-midi.

L’association d’Arts oratoires Portalis, qui permet entre autres l’intégration professionnelle des étudiants de l’université des sciences juridiques, économiques, politiques et de gestion (SJEPC) de l’Université de Franche-Comté, organisait ce mardi le procès fictif de Scar.

Il opposait Louis-Marie Lutz (Master 1 Droit Action publique) dans le rôle de l’accusation et Vincent Stefanovic (Master 2 Droit privé appliqué) chargé de la défense de Scar. Le procès, préparé en équipe, a permis aux deux étudiants d’exprimer leurs talents oratoires tout en argumentant réquisition et plaidoirie sur des fondements juridiques.

Pourquoi le choix du « Roi Lion »

Le dessin animé des Studios Disney, sorti en 1994, est inspiré d’un manga japonais de 1951 « Le roi Léo » et de « Hamlet », l’un des chefs d’œuvre de William Shakespeare. Belle occasion pour les plaideurs de construire des passerelles entre le monde des animaux et celui des Hommes.

Dans l’histoire, le roi des lions Mufasa, règne avec sagesse sur la terre des lions. À la naissance de Simba, fils de Mufasa, son frère cadet voit dans la naissance de l’héritier s’évanouir toutes ses chances d’accéder au trône. Il n’aura de cesse d’organiser la disparition de son frère et d’inciter Simba à s’exiler dans la jungle en lui faisant croire qu’il est responsable de la mort de son père. Scar, devenu un tyran, ravage la Terre des Lions et affame son peuple avec la complicité du peuple des hyènes. De retour dans son royaume après avoir vu le fantôme de son père (référence à Hamlet), Simba reprend le pouvoir, Scar lui avouant qu’il avait tué Mufasa.

Un réquisitoire en demi-teinte
Procès de Scar TGI Besançon Etienne Manteaux
Louis-Marie Lutz, étudiant en Master 1 Droit Action Publique a tenté de justifier l’accusation de meurtre de Scar. ©YQ

Louis-Marie Lutz dans son habit de procureur, a tenté de convaincre la Cour de la culpabilité de Scar. Selon lui, Scar est coupable d’un meurtre avec préméditation en bande organisée.

Pour l’accusation, le meurtre volontaire est établi puisqu’il va laisser tomber de la falaise le roi Mufasa sans faire aucun geste pour le retenir par les pattes. La préméditation est évidente pour ce procureur en herbe. La naissance de Simba le privait du trône, il fallait donc éliminer le père et exiler le fils. Enfin, Louis-Marie Lutz garantit à la Cour l’existence d’une action en bande organisée : la fuite de Simba place le lionceau comme une proie pour les hyènes. Si l’argumentation est bien fondée, l’apprenti procureur a oublié l’oralité des débats d’une cour d’assises où les ressorts émotionnels étayent l’argumentation juridique et non l’inverse.

Une belle défense
Procès Scar TGI Besançon Etienne Manteaux
Vincent Stefanovic, étudiant en Master 2 Droit privé, a gagné l’acquittement de son client fictif. ©YQ

En face, Vincent Stefanovic présente la mort de Mufasa comme un malheureux concours de circonstances et l’aveu de Scar à Simba, sans aucun fondement de preuve. Dans son art oratoire parfois excessif, il va jusqu’à présenter Simba comme un être faible effectivement responsable de la mort accidentelle de son père. Les effets de manche sèment le doute dans le jury !

Procès de Scar Portalis TGI Besançon Etienne Manteaux
Le Procureur de la République Étienne Manteaux, président de la cour d’assises le temps d’un après-midi. ©YQ

Dans son délibéré, le procureur Étienne Manteaux, président d’un jour d’une cour d’assises bien particulière, acquittera Scar de l’accusation de meurtre sous les applaudissements d’un public plutôt acquis à la cause de la défense.

Pédagogue, le procureur de la République a ensuite expliqué le fonctionnement de la justice pénale devant une salle composée à 80% de femmes. La justice de demain sera donc féminine…

Le sujet était original. À l’époque de sa sortie en salles, « Le Roi Lion » avait suscité quelques polémiques sur l’idéologie véhiculée par le film. D’un côté, un pays riche (la Terre des Lions) dominé par un monarque de droit divin qui apprend à son fils Simba à garantir l’intégrité du territoire face à la volonté d’immigration du peuple des hyènes qui vivent dans une région insalubre (le cimetière des éléphants). Certains y ont vu la stigmatisation de l’immigration et l’exclusion sociale d’une partie de la population. Ce n’est pas sans rappeler les problèmes migratoires que nous connaissons aujourd’hui.

YQ     

 

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