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Lors d’une conférence de presse donnée ce jeudi après-midi, Étienne Manteaux, procureur de la République de Besançon, a annoncé qu’il avait requis le placement en détention du docteur Frédéric Péchier. Ce dernier a été mis en examen pour « empoisonnement sur personne vulnérable » pour 24 cas au total, dont sept mortels.

« Ce sont 17 dossiers qui ont été retenus », portant sur des arrêts cardiaques survenus lors d’interventions chirurgicales sur des patients âgés de 4 à 80 ans.

L’affaire a éclaté en 2017 à la clinique Saint-Vincent de Besançon. Frédéric Péchier, médecin anesthésiste est réputé dans son service. Chaque année, il endort quelques 2 000 patients de cet établissement privé. Mais les 11 et 20 janvier 2017, deux patients sont victimes d’accidents cardiaques inexpliqués au cour de leur opération. Alerté par la direction de l’établissement, le parquet de Besançon commande en urgence, le 14 février, une enquête à l’Agence régionale de santé (ARS).

Un document révèle alors des « actes intentionnels » pour les deux accidents. Le rapport constate aussi que Frédéric Péchier était présent sur les lieux lors de deux autres cas d’arrêts cardiaques suspects survenus depuis 2008 à la clinique Saint-Vincent, mais également lors de trois cas identiques constatés à la Polyclinique de Franche-Comté (où il n’a exercé qu’entre le 1er janvier et le 22 juin 2009).

Très vite, les enquêteurs constatent que les arrêts cardiaques ont été provoqués par l’administration de doses potentiellement létales de potassium et d’anesthésiques. Le docteur Frédéric Péchier est alors soupçonné d’avoir volontairement pollué les poches d’injection de ses confrères dans le but de provoquer des arrêts cardiaques. Il pouvait ensuite, secourir les patients en les réanimant. Les sept patients concernés, âgés de 37 à 53 ans, « n’avaient pas de prédispositions ou de fragilités particulières ».

L’anesthésiste avait déjà été mis en examen en mars 2017 pour sept empoisonnements avec préméditation, dont deux mortels. Parallèlement, le parquet a ouvert une enquête préliminaire concernant une cinquantaine d’autres accidents médicaux suspects. Les deux procédures ont été jointes par les deux juges d’instruction.

24 empoisonnements reprochés à l’anesthésiste

Frédéric Péchier a été une nouvelle fois mis en examen ce jeudi. 17 nouveaux cas, dont sept mortels, s’ajoutent aux cas initiaux. Les victimes ont entre 4 et 80 ans.

Lors de la conférence, le procureur a rappelé la minutie dont avait fait preuve les enquêteurs lors des 30 mois d’enquête. Les 66 dossiers médicaux des patients ont été saisis afin d’être expertisés par un médecin légiste ainsi qu’un expert anesthésiste. Quatre corps ont également été exhumés en décembre 2018. Cette semaine, les enquêteurs ont procédé à une soixante d’auditions. Enfin, 1300 procès verbaux ont été dressés. Cette enquête hors-norme a nécessité de manière exceptionnelle, le travail de deux directeurs d’enquête.

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Le docteur Frédéric Péchier va être entendu par deux juges d’instruction. © Yves QUEMENEUR
Quelles sont les motivations ?

Pour Étienne Manteaux, aucun doute : « Au vu des nouveaux éléments, le Dr Péchier est le seul dénominateur commun » de ces événements indésirables graves (EIG). Il a précisé que depuis mars 2017, date à laquelle il a cessé d’exercer, aucun événement indésirable grave ne s’est reproduit. Le procureur a également indiqué que ces EIG se multipliaient lors de périodes de conflits intenses avec ses collègues. Selon lui, « Toute la complexité de cette affaire est qu’il n’a jamais été pris sur le fait ».

Au cours de ces deux jours d’interrogatoire, l’accusé a clairement réaffirmé qu’il n’était pas l’auteur de ces événements. Il a néanmoins reconnu l’existence d’empoisonnements.

L’homme de 47 ans va maintenant être entendu par deux juges d’instruction et le juge des libertés et de la détention.

Militine GUINET et Yves QUEMENEUR

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