La Saline Royale : 4ème site le plus visité de Franche-Comté

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La Saline royale d'Arc et Senans - Crédit photo Saline royale
La Saline royale d'Arc et Senans © Saline royale
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Assoupie pendant des années sous le poids d’un système administratif au service d’une culture élitiste et fermée, le chef d’œuvre de l’architecte-philosophe Claude-Nicolas Ledoux retrouve depuis trois ans, « l’or blanc » qui a fait sa richesse.

Une équipe de passionnés…
Hubert Tassy, Directeur général de la Saline Royale d'Arc et Senans - Crédit photo DR
Hubert Tassy, Directeur général de la Saline Royale d’Arc et Senans © DR

Nommé en avril 2015, Hubert Tassy, directeur général de la Saline Royale d’Arc-et-Senans, a transformé le site sans bouleverser l’équipe en place : donner à ce joyau la notoriété internationale qu’il mérite tout en le réconciliant avec les populations locales. Au terme de trois années ans, ce pari est en passe d’être gagné. Le site a accueilli 100 000 visiteurs en 2017 (hors évènements particuliers) mais ne reste que le 4ème lieu de visite en Franche-Comté derrière la Citadelle de Besançon, le Dino-Zoo de Charbonnières-les-Sapins et la Cathédrale Saint-Jean de Besançon.

Dominique Landucci, artiste-peintre et scénographe, est un compagnon de route d’Hubert Tassy. Ils sont tous deux originaires de Nice. Il a imaginé « Lux Salina » spectacle d’images, de son et lumières qui retrace l’histoire de la Saline du 18ème siècle à aujourd’hui. Ce sont 400 bénévoles des villages autour de la Saline qui s’investissent dans ce projet aux côtés du metteur en scène.

Jordi Savall, célèbre pour avoir remis au goût du jour la musique baroque avec son ensemble « le concert des nations », l’interprète exceptionnel de viole de gambe*, œuvre aussi à la connaissance des musiques traditionnelles du Moyen-Orient. Il accueille dans le projet européen « Orpheus XXI, Musique pour la Vie et la Dignité », des musiciens professionnels de cette région du monde actuellement réfugiés en Europe. Le musicien catalan est depuis 2016, artiste associé à la Saline et s’y investit pleinement au travers de multiples concerts sous le toit des grandes bernes* de la Saline Royale.

Denis Duquet est, dans l’équipe, le maître d’œuvre du Festival des Jardins. Chaque année au printemps, la Saline présente dix jardins éphémères sur des thématiques en lien avec les expositions du site. En 2017, Tintin était à l’honneur (des jardins de Chang à celui d’Abdallah ou des forêts incas des 7 boules de cristal). 2018 rend hommage à Luc Schuiten, l’architecte belge qui invente la ville de demain.

Claude-Nicolas Ledoux : architecte visionnaire ou philosophe libéral
Portrait de Claude-Nicolas Ledoux
Portrait de Claude-Nicolas Ledoux © DR

Souvent présenté comme « l’architecte des riches », le constructeur de la Saline Royale a effectivement construit sa réputation dans les œuvres néoclassiques pour le compte de la noblesse et des princes de la finance du 18ème siècle. A 27 ans, il est choisi par le marquis de Montesquiou pour construire un palais sur le domaine de Montpertuis dans la Brie. A 31 ans, il construit l’hôtel d’Uzès rue Montmartre pour le compte du Duc d’Uzès. Protégé de Madame du Barry, la dernière favorite de Louis XV, il est promu en 1771 inspecteur des salines de l’Etat en Franche-Comté, région où « l’or blanc » est réputé depuis l’Antiquité et source importante de recettes fiscales pour l’Etat (la gabelle). La grande saline de Salins-les-Bains a épuisé les ressources forestières autour du site industriel. Les fermiers généraux (le Bercy de l’époque) confient donc à Claude-Nicolas Ledoux le soin de construire une nouvelle usine d’extraction du sel gemme en amenant l’eau chargée de sel à proximité de la forêt royale de Chaux (qui demeure à ce jour l’une des plus grandes forêts domaniales en France avec 20 493 hectares). Un saumoduc en épicéas de 21 kilomètres amène la saumure de Salins les Bains à la Saline royale d’Arc-et-Senans.

Au-delà du rare témoignage de l’architecture industrielle du 18ème siècle, la Saline royale d’Arc-et-Senans illustre la conception innovante, révolutionnaire pour certains, d’un nouvel urbanisme chargé de rendre la vie meilleure. Architecte du siècle des Lumières, Ledoux s’inspire de Rousseau dans son rapport entre technique et nature. En faisant vivre et travailler dans un même lieu ouvriers et dirigeants, rompant avec le corporatisme ou voulant le réformer, en permettant aux plus humbles d’habiter dans des logements « de luxe » et à l’usage gratuit de jardins potagers et fruitiers, en rendant ainsi la vie meilleure pour améliorer la productivité, Claude-Nicolas Ledoux se pose comme un philosophe précurseur de la société libérale. Si parfois l’utopie de Ledoux est comparée à la réflexion de Charles Fourier (un bisontin lui aussi) et ses phalanstères, les deux concepts s’opposent. Le projet de Fourier d’une « Société Harmonique » a justifié l’essor du socialisme et d’une organisation collectiviste alors que Ledoux, monarchiste acquis au siècle des Lumières, raisonnait pour le bien-être des individus.

Ville-Idéale-de-Chaux-©-DR-Saline-royale
La ville idéale de Chaux © DR Saline-royale

Entre 1775 et 1780, l’architecte de la Saline présentera les esquisses de la ville de Chaux, prolongement de l’usine d’extraction du sel, sorte de cité idéale destinée à rendre la vie meilleure. Le projet ne verra jamais le jour avec la Révolution. Considéré malgré lui comme un symbole de l’oppression fiscale (la gabelle sur le sel et le mur des fermiers généraux à Paris) Ledoux est même emprisonné et ne devra la vie sauve qu’à l’intervention du peintre David. Il meurt en 1806.

Toute cette histoire est retracée dans le musée du sel et le musée Ledoux, tous réunis dans la « Maison du Directeur » au centre de ce demi-cercle magique dont la restauration a été achevée en 1996. Monument unique au monde, la Saline royale d’Arc-et-Senans est ouverte toute l’année à tous les publics.

YQ

L’actu en plus :
*Viole de gambe : instrument de musique à cordes qui se tient entre les jambes, d’où son nom. Tombé en désuétude, il a retrouvé son lustre avec le renouveau de la musique baroque.
*berne : bâtiment où se situe les chaudières servant à extraire le sel de l’eau.

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