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Coïncidence ? La journée mondiale de l’orgasme tombe le jour du solstice d’hiver, le 21 décembre, où la nuit est la plus longue de l’année… Si l’orgasme symbolise la quintessence du plaisir sexuel, il est également victime de nombreux fantasmes et tabous. Le point avec deux sexologues du centre-ville bisontin.

Vague de sensualité et de volupté, l’orgasme est, dans notre société, synonyme de Saint Graal à atteindre. Mais la volonté d’accéder au comble du plaisir, transforme, parfois, les rapports charnels en quête absolue de la performance. Cette pression exercée sur la vie sexuelle des hommes et des femmes peut avoir des conséquences désastreuses puisque le stress et les complexes sont des freins à l’orgasme. Pour rappel, en 2015, une Française sur deux avouait avoir régulièrement du mal à atteindre l’orgasme dans un sondage réalisé par l’Ifop.

2003 et la découverte du fonctionnement du clitoris

Mireille Bulliard-Asthié, sexologue dans la rue des Granges, insiste sur les croyances qui entourent l’accès au tant désiré Septième ciel : « Tout ce qui est lié à l’orgasme fait l’objet de nombreux tabous, fantasmes, croyances et méconnaissances, y compris dans le domaine médical. » En effet, la mise sur le marché pharmaceutique américain du Viagra ne date que de 1998, la découverte du fonctionnement du clitoris, de 2003…

Des gens parviennent à l’orgasme sans même qu’on les touche.

« Tout le monde ne décrit pas un orgasme de la même manière. Le Septième ciel n’est pas forcément comme on l’imagine. Tout dépend de la façon dont la personne vit l’acte sexuel en termes d’émotions. Il y a aussi des gens qui parviennent à l’orgasme sans même qu’on les touche. Il faut également insister sur le fait qu’un homme qui éjacule n’a pas forcément eu d’orgasme… Les représentations culturelles que nous avons d’un orgasme dans notre société, sont très réductrices. »

« On peut tout à fait prendre du plaisir sans avoir atteint l’orgasme », Mireille Bulliard-Asthié, sexologue à Besançon. DR
« On peut tout à fait prendre du plaisir sans avoir atteint l’orgasme », Mireille Bulliard-Asthié, sexologue à Besançon. DR

Elle insiste : « On peut tout à fait prendre du plaisir sans avoir atteint l’orgasme. Plus l’orgasme est vécu comme une obligation, plus il sera difficile à atteindre car le ou la partenaire va se mettre la pression et complexer au lieu de se concentrer sur les sensations et le plaisir. »

D’après la spécialiste, installée à Besançon depuis 2000, tout est une question d’écoute et de découverte de soi : « C’est un cheminement, un travail. Tout au long d’une vie, on apprend à recevoir le contact de l’autre, des caresses, des étreintes… Ce n’est pas si simple et cela demande du temps. Les corps s’ajustent et s’apprivoisent au fil d’une relation. Même si, les relations très éphémères, “les coups d’un soir”, sont parfois les plus propices au lâcher-prise, notamment chez les femmes, qui n’osent pas toujours… »

Aux patients qui la consultent pour des problèmes d’anorgasmie, le terme médical pour désigner l’absence d’orgasme, elle conseille d’aborder la sexualité comme un jeu : « Il faut avant tout que ce soit ludique, il faut explorer, expérimenter… »

« Si on ne mange que du caviar, au bout d’un moment, on n’en a plus envie… »

« Avec ou sans orgasme, l’essentiel est de prendre plaisir sans se mettre la pression. C’est le meilleur moyen d’y arriver », poursuit-elle. Entre 30 et 35% de frustration seraient donc nécessaires pour entretenir le désir : « C’est comme la nourriture : si on ne mange que du caviar, au bout d’un moment, on n’en a plus envie… »

L’un de ses confrères bisontin semble plutôt d’accord : « Il y a une mystification de l’orgasme à travers les films, les livres, la presse magazine, les médias… D’abord, il ne faut pas confondre jouissance, qui est procurée par la masturbation, c’est-à-dire une pratique sexuelle exercée en solo, et l’orgasme qui est atteint lors d’un rapport sexuel, à deux ou plus. »

Pour ce psychologue fort d’une expérience clinique qui propose aussi des consultations en sexologie, une rencontre psychique est primordiale pour avoir un orgasme. « Il faut ne faire qu’un, se centrer sur son plaisir et le plaisir mutuel », précise-t-il.

« Les hommes ont besoin de se trouver dans une position de virilité. Ces enjeux de virilité peuvent être Un frein important. »

Ni putes ni soumises

Si les femmes semblent majoritairement touchées par des difficultés à atteindre l’orgasme, c’est notamment à cause des stéréotypes véhiculés par la société…

« Les femmes ont peur d’être considérées comme des “salopes” si elles assument leur désir, et à l’inverse, comme des “saintes nitouches” si elles sont trop réservées. » Les stigmates d’une société patriarcale où les hommes cherchent à détenir le pouvoir sur la femme… 

D’après un sondage lancé en 2015 par l’Ifop, 24% des Françaises simuleraient "parfois" un orgasme. DR
D’après un sondage lancé en 2015 par l’Ifop, 24% des Françaises simuleraient « parfois » un orgasme. DR

« Tout est fait pour que la femme soit passive : on le remarque au quotidien. Par exemple, lors d’un mariage, la femme est emmenée à l’autel par son père, un homme, à un autre homme, son futur mari. Les hommes ont besoin de se trouver dans une position de virilité. Ces enjeux de virilité peuvent être Un frein important dans certains cas. »

Les deux sexologues bisontins le rappellent : « Il ne faut jamais rester dans la souffrance. De nombreuses pathologies se soignent, il faut pour cela en parler. »

L’actu en plusJournée mondiale de l’orgasme : d’où ça vient ? C’est une journée lancée par deux pacifistes américains, Donna Sheehan et Paul Reffell, en 2006. D’après eux, l’orgasme rendrait les humains plus heureux et moins violents. Ils considèrent en effet que l’orgasme sexuel diffuse une énergie positive qui permet de lutter contre la violence et les sentiments de haine.Simulation : les partenaires capables de déceler le plaisir feint ?D’après un sondage lancé en 2015 par l’Ifop, 24% des femmes françaises simuleraient un orgasme « parfois » et 7% « souvent ». Les partenaires ne seraient donc pas si dupes… D’après Mireille Bulliard-Asthié, « certains hommes sentent que Madame n’est pas totalement en phase. Ils arrivent dans mon cabinet avec l’intuition de mal faire les choses ». Il y a aussi certains signes cliniques qui ne trompent pas comme l’accélération de la respiration et du rythme cardiaque, la dilatation des pupilles ou encore le fait de se crisper, même si toutes les femmes ne réagissent pas pareil… Son confrère sexologue au centre-ville de Besançon tempère : « On ne peut jamais savoir. La seule façon, c’est si l’autre a envie de recommencer ! »
Militine GUINET

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