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Aujourd’hui en France, une famille sur cinq est monoparentale. Dans la majorité des cas, ce sont les femmes qui se retrouvent seules avec les enfants et doivent assumer leur éducation. À ce poids, s’ajoute généralement une grande précarité. Sandrine (prénom modifié) témoigne et lance un appel au secours pour conserver la garde de sa fille.

La jolie vie de Sandrine, qui a travaillé pendant cinq ans dans l’industrie horlogère en Suisse a basculé lorsqu’elle a décidé de quitter son conjoint. Le couple vend alors la maison, à proximité de Morteau, achetée deux ans plus tôt grâce à un prêt devise de 330 mille euros. « Le problème avec ce genre de prêts, c’est que le montant peut varier en fonction du cours du franc suisse », explique cette maman d’une petite fille de huit ans. « Donc comme le taux avait grimpé entre temps, nous avons dû rembourser plus que ce que nous avions emprunté à l’époque, soit 390 mille euros. »

C’est là que débute une longue série de galères. « Au moment de notre séparation, j’ai été licenciée. Je me retrouvais alors sans emploi et avec 60 000 euros de dettes. À l’époque, aucune banque n’a voulu me faire de prêt pour rembourser, notamment à cause de mon licenciement. J’ai donc été interdite bancaire et la Banque de France m’a confisqué mon chéquier : je ne pouvais dépenser qu’une certaine somme par mois et on me prélevait de l’argent sur mon compte tous les mois pour rembourser le prêt. »

« J’adore ce boulot mais le salaire est en dessous du SMIC »

Alors la trentenaire s’accroche mais ne parvient pas à retrouver un emploi et tombe progressivement dans la dépression. Depuis peu, elle travaille dans l’aide à la personne au sein du réseau associatif de services à la personne, l’ADMR. « J’adore ce boulot. Le problème c’est que je ne peux pas dépasser un certain quota d’heures par semaine et le salaire est en dessous du SMIC puisque je touche 900 euros par mois. Et je n’ai même pas droit à la formation pour obtenir des diplômes et trouver quelque chose de plus pérenne dans ce domaine. »

Sans aucune aide, ni pour elle, ni pour sa fille, Sandrine quitte alors son appartement dont le loyer s’élève à 800 euros. « Avec les prélèvements de la Banque de France, les frais de nounou pour ma fille, l’essence, la nourriture… Je ne pouvais plus m’en sortir. Et sur Morteau et alentours, les loyers sont exorbitants. »

Juste avant, elle tombe sur une annonce du site Paru-Vendu. Un couple fortuné propose des missions de gardiennage dans l’une de leur propriété à la frontière franco-suisse.  En échange ?  Un logement gratuit avec seulement une facture d’électricité de 100 euros mensuels.

Trop beau pour être vrai…

Alléchée par l’annonce qui lui permettrait de se sortir de sa situation précaire, Sandrine se présente au couple. « Il s’agit d’une immense propriété avec trois gîtes. Les propriétaires ne sont rarement là. Le deal c’était de me laisser un logement contre la tonte et le déneigement de la propriété. J’ai donc emménagé début juin sans signer de contrat ni de bail… Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille », regrette-t-elle.

En effet, Sandrine va vite déchanter. « Lorsque j’ai emménagé, il y avait déjà quelqu’un dans le logement. Ensuite, pendant quinze jours, je ne pouvais pas tirer d’eau sans que les installations électriques disjonctent. J’ai dû les appeler plusieurs fois au téléphone pour qu’ils trouvent une solution. »

Esclavage moderne ?

Elle, ne se décourage pas, et en plus de son travail à l’ADMR, réalise les missions que le couple lui confie le soir. Mais rapidement, ce qui ne devait être que de la tonte, du déneigement et du désherbage du terrain de la propriété se transforme en une liste infinie de tâches à accomplir dont des travaux de plomberie et d’électricité. « J’y passais des heures, ils en rajoutaient toujours un peu plus et je n’avais même pas de matériel adéquat ou en bon état. Ils m’ont même accusée d’avoir cassé la débroussailleuse… En cas d’accidents, ce qui aurait pu arriver car je vivais en dessous de bonbonnes contenant des litres et des litres d’essence, je n’étais même pas assurée. »

« Je me sentais constamment surveillée. »

En réponse aux plaintes du couple qui pointe une insuffisance, Sandrine ne se démonte pas et déclare « faire le maximum » le tout, constamment scrutée par les caméras installées sur la propriété.

« Je n’osais même plus partir. Je me sentais constamment surveillée. D’ailleurs, la propriétaire (qui a une réputation de tyran dans le coin, Ndlr) me faisait des reproches lorsqu’elle constatait des absences le week-end. Ils me disaient que je n’y mettais aucune bonne volonté, que travailler le soir après mon emploi ne me ferait pas de mal car ça me faisait faire de l’exercice… »

Abus de faiblesse, harcèlement moral sous fond d’esclavage moderne voilà comment définir le calvaire qu’a vécu cette maman ces dernières semaines.

 « On risque de me retirer la garde de ma fille »

Sandrine éclate en sanglots. Ses propriétaires lui ont annoncé qu’elle devait quitter le logement avant le 15 août. Où va-t-elle aller ? Comment va-t-elle retrouver un logement pour elle et sa fille en si peu de temps ?

« Je ne suis même pas dans la possibilité de trouver un studio pour ma fille et moi. Je vois une assistante sociale, je fais des démarches… Tout le monde m’a répondu la même chose : il n’y a pas de logement disponible. À force d’insister, on m’a dit que mes revenus de l’année 2017 dépassent les plafonds réglementaires pour accéder à un logement social. On m’a finalement proposé un logement mais celui-ci n’est pas disponible avant le mois de septembre. En plus de cela, il se situe dans un quartier assez malfamé où je n’ai pas envie d’amener ma fille. »

précarité mère célibataire
« Personne ne vous aide quand vous êtes au fond du trou », déplore cette maman. DR

Désespérée, elle ajoute : « On m’a aussi dit d’appeler le Samu social ou d’aller en foyer à Besançon, mais ma petite est scolarisée dans le coin et je perdrai mon boulot si je vais là-bas. Je ne sais plus vers qui me tourner. On risque de me retirer la garde de ma fille. Personne ne vous aide quand vous êtes au fond du trou ».

« S’il n’avait pas trouvé ce local, je serais à la rue. Ça dépanne »

« Une odeur permanente d’égouts »

En attendant des jours meilleurs, elle a pu compter sur son papa, qui lui a dégoté un local. En échange d’un petit loyer, elle loue une ancienne pizzeria réaménagée.

« S’il n’avait pas trouvé ce local, je serais à la rue. Ça dépanne. Mais il y a une odeur permanente d’égouts, je ne peux pas recevoir mon courrier car il n’y a pas de boîte aux lettres… Avec ma fille, on dort dans l’ancienne salle de restaurant : il n’y a même pas la place pour mettre un lit alors on dort par terre, sur un bout de matelas », décrit-elle.

« Maman, je sais que tu n’as pas de sous, si tu veux, tu peux prendre de l’argent dans ma tirelire pour faire les courses. »

« Je me bats tous les jours pour ma fille. Si elle n’était pas là, je ne serais plus là. J’ai tellement de chance de l’avoir. Elle est très mature pour son âge. On galère depuis des années, elle en a bien conscience. Elle me dit souvent : “Maman, je sais que tu n’as pas de sous, si tu veux, tu peux prendre de l’argent dans ma tirelire pour faire les courses.” J’aimerais lui offrir une meilleure vie », conclut Sandrine.

L’actu en plusDes logements suffisants face à l’urgence sociale ?Joint par la rédaction d’actucomtoise.info, le CCAS de Morteau, auquel a fait appel cette mère de famille a apporté quelques précisions. La communauté de communes du Val de Morteau compte 540 logements sociaux gérés pas trois bailleurs qui sont Habitat 25, Néolia et Idéha. « À Morteau, on dispose de 290 logements sociaux ainsi que deux chambres d’urgence qui sont gérées par le Secours Catholique. À cela s’ajoutent cinq logements d’hébergement transitoire dont un est réservé aux victimes de violences conjugales, et cinq logements très sociaux. » Le CCAS insiste : « On ne laisse jamais quelqu’un à la rue même si l’offre est beaucoup plus restreinte dans le parc social que dans le parc privé où les loyers sont beaucoup plus élevés. Mais, parfois, les demandeurs sont très difficiles, notamment en ce qui concerne la localisation du logement alors que nous considérons que si la demande est urgente…on ne peut pas s’arrêter sur de tels critères. »
Militine GUINET

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