Itinérance au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (3/4)

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Le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon sera inauguré du 16 au 18 novembre 2018
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La pérégrination se poursuit dans le labyrinthe de Louis Miquel intelligemment repensé par Adelfo Scaranello, l’architecte bisontin et sous le regard passionné de Nicolas Surlapierre. Nous le suivons, du Moyen-Âge au XVIIIème siècle, à travers trois œuvres qui l’émeuvent particulièrement

Le Fleuve du Paradis (école mosane entre 1160 et 1170)

Ce bronze est considéré comme une pièce majeure dans le renouveau de l’art roman septentrional. Il a longtemps figuré dans la prestigieuse collection antique de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés avant d’être acquis par le musée de Besançon en 1887. Présenté initialement dans la section d’archéologie, c’est Auguste Castan, historien et archéologue bisontin (un square porte son nom) qui le reconnaît très vite comme d’époque médiévale.

La statuette, datée autour des années 1160-1170, est une production de l’école mosane (en référence à la Meuse) commandée par l’abbaye bénédictine de Stavelot dans le diocèse de Liège. La forme très stylisée du personnage coulé dans le bronze, est d’une grande fluidité. L’homme, aux courtes mèches bouclées et à la barbe finement ciselée, incline ses jambes entre lesquelles le fleuve s’épanche en belles ondulations. Les traces de dorure attestent que l’objet était entièrement doré à l’origine.

Le fleuve du paradis musée beaux arts besancon
L’homme assis sur un siège à volutes tenant sur sa gauche, un vase d’où s’échappe l’eau © MBAA

Pour Nicolas Surlapierre, « le Fleuve du Paradis » est l’un des jalons de l’émergence d’un style qui va s’affranchir des exigences de l’art roman par une approche plus naturaliste. En cette fin du XIIème siècle, on dénote un nouvel intérêt pour l’Antiquité. Il s’exprime en particulier par le choix du vêtement –un manteau court et agrafé à l’épaule appelé chlamyde – assez anachronique pour à l’époque médiévale. C’est ce qui explique l’erreur des archéologues du XVIIIème siècle sur son origine.

L’ivresse de Noé (Giovanni Bellini – vers 1515)

Le peintre né dans une famille d’artistes, a mené une longue et belle carrière à Venise en pleine Renaissance italienne, propice aux grands changements culturels. L’Italie était alors un foyer de rayonnement pour l’Europe toute entière, un temps de transition entre le Moyen-Âge et l’époque moderne.

« L’ivresse de Noé », peinte un an avant la mort de l’artiste, est souvent considérée comme le testament visuel de Bellini.

L’œuvre représente un épisode emprunté à la Genèse, au cours duquel Noé s’est endormi dénudé après avoir goûté le vin de la vigne qu’il avait plantée. Son fils Cham, qui le découvre ainsi, prévient ses frères Sem et Japhet. Quand l’un rit de voir son père, les autres enfants tentent de cacher sa nudité. Cham est condamné par son père à devenir « le dernier des serviteurs de ses frères » et sa descendance est maudite. Cette histoire de Noé et de ses fils est dans l’Ancien Testament le point de départ du peuplement de la terre après le Déluge purificateur. C’est aussi l’explication d’un nouvel ordre hiérarchique entre les survivants et la justification de l’inégalité entre les peuples.

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Noé ivre et ses trois fils. Seuls deux d’entre eux tentent de cacher la nudité de leur père © MBAA

Le tableau de Besançon est significatif de l’art de Bellini à la fin de sa vie, en particulier la gestuelle et les jeux de regard. Bellini démontre une inépuisable inventivité technique. Le peintre qui fut le maître du Titien crée ainsi une iconographie nouvelle sur un thème rarement travaillé dans l’histoire de la peinture.

Bustes d’enfants (XVIème siècle)

Ils représentent deux jeunes enfants âgés de dix à douze ans, qui font partie du legs de Pierre Adrien Pâris à la bibliothèque de Besançon en 1819, affecté au musée en 1863.

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Ces deux bustes d’enfants sont l’œuvre de Pierre-Adrien Pâris, architecte, dessinateur et collectionneur né à Besançon en 1745 et mort 73 ans plus tard © MBAA

De l’école française du XVIème siècle, ces deux petits bustes avaient été attribués à tort au sculpteur Germain Pilon. Peu d’exemplaires comparables ont été répertoriés sauf deux effigies de fillettes polychromes dont l’une est au Louvre. Les manches bouffantes de la fillette et le pourpoint à bourrelets du jeune garçon correspondent à la fin du règne d’Henri II (fils cadet de François Ier). Ces œuvres, élégantes, douces et délicates montrent des enfants espiègles, très à la mode au milieu du XVIème siècle, qu’ils soient sculptés, peints ou dessinés.

Ces trois pièces que les visiteurs pourront admirer à partir du 16 novembre au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, démontrent l’éclectisme et le sens de « la beauté » du conservateur du musée.  Parions que sous sa direction Besançon devienne une capitale incontournable de l’art.

YQ

 

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