Inégalités salariales : le Doubs n’échappe pas à la tendance

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Dans le département du Doubs, plus les femmes sont qualifiées et plus elles montent dans la hiérarchie, plus l’écart salarial se creuse. DR
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«Émanciper la femme, c’est la reconnaître et la déclarer libre, l’égale de l’homme devant la loi sociale et morale, et devant le travail », déclarait Jenny d’Héricourt, bisontine et féministe révolutionnaire du XIXe siècle (1809-1875). Pourtant, près de deux siècles plus tard, la femme n’est toujours pas considérée comme l’égale de l’homme, notamment au travail.

C’est ce qui ressort du rapport sur l’égalité entre les femmes et les hommes, présenté ce lundi au conseil départemental, dont la publication est désormais une obligation légale. D’après Christine Bouquin, présidente du département, « les inégalités persistent. L’égalité réelle entre les femmes et les hommes peine à se concrétiser dans les faits et demeure au cœur des enjeux des politiques publiques ». Dans ce rapport qui s’appuie sur le dernier recensement ainsi que sur des données de l’Insee, on apprend que le Doubs comptait 271 941 femmes en 2013. Soit 51% de la population du département. D’ailleurs, comme dans tous les autres départements de la région Bourgogne Franche-Comté, les femmes sont plus nombreuses que les hommes.

Un taux d’emploi supérieur à la moyenne régionale

Parmi les 215 839 emplois que compte le Doubs, 47,6% d’entre eux sont occupés par des femmes. Le taux d’emploi qui est le rapport entre le nombre d’emplois et le nombre d’actifs s’établit alors à 61,6% pour les femmes contre 68,7% pour les hommes. Ce taux est nettement supérieur à la moyenne régionale qui est de 60,4% pour les femmes. Le rapport précise en outre que les formes particulières d’emplois tels que les CDD, les emplois aidés, l’apprentissage ainsi que l’intérim sont plus répandues chez les femmes. D’ailleurs, ces dernières sont plus souvent employées en contrats à durée déterminée (10% des femmes contre 6,2% des hommes).

Une inégale répartition des emplois selon le secteur d’activité

Les Doubiennes occupent seulement 10% des emplois du secteur de la construction, 23,6% des emplois du secteur de l’agriculture et 28,5% des emplois du secteur de l’industrie. À l’inverse, le secteur tertiaire, notamment celui de l’administration publique, de l’enseignement, de la santé et l’action sociale compte majoritairement plus de femmes. En effet, 68,4% des emplois de ces secteurs sont occupés par les Doubiennes.

L’inégalité hommes/femmes vue par Bauer

Bonne nouvelle pour les Doubiennes, le risque de chômage serait par ailleurs plus élevé pour les hommes. Chiffres à l’appui : le taux de chômage dans le Doubs concerne en moyenne 9,5% de la population active, il atteint 9% chez les femmes et 10% chez les hommes. Christine Bouquin confirme : « Cet écart en faveur des femmes s’observe, de façon plus ou moins marquée, dans tous les départements de la région Bourgogne Franche-Comté, comme au niveau national. Si, depuis le milieu des années 1970, le chômage des femmes en France avait toujours dépassé celui des hommes, l’écart est devenu négligeable  la fin des années 2000 et la situation s’est même inversée à partir de 2013. »

D’après les études, cette évolution s’explique par le niveau de formation plus élevé chez les femmes qui favorise donc leur insertion professionnelle et leur permet d’être moins exposées au risque de chômage. Autres explications : les créations massives d’emplois dans le secteur des services où les femmes sont surreprésentées. « La crise entamée en 2008 a également une part de responsabilité dans ce phénomène car elle a principalement affecté l’emploi industriel et la construction, des secteurs essentiellement masculins. »

Plus de temps partiel chez les femmes

Comme à l’échelle nationale, le travail à temps partiel explose chez les femmes. Dans le Doubs, il est près de cinq fois plus répandu que chez les hommes. La première raison évoquée est le fait que l’emploi occupé n’offre pas d’autres possibilités. Cependant, près de la moitié des mères à temps partiel déclarent avoir choisi le temps partiel pour pouvoir s’occuper des enfants ou d’un membre de la famille (parent malade…), contre à peine un père sur cinq. Pour les femmes, le passage à temps partiel se produit de manière très fréquente après une deuxième naissance. D’ailleurs, en général, les contraintes de conciliation entre les sphères domestiques et professionnelles reposent d’abord sur les femmes. « Le nombre d’enfants fait diminuer le taux d’activité et augmenter le temps partiel chez les femmes », explique la présidente du département du Doubs. Chez les hommes, au contraire, ni le nombre, ni l’âge des enfants à charge ne sont des déterminants importants du travail à temps partiel.

Deux heures de plus que les pères consacrées aux activités domestiques et parentales

À cette tendance s’ajoute le travail domestique qui demeure inégalement réparti entre les deux sexes. Par travail domestique, on entend les tâches ménagères ainsi que le temps consacré aux enfants. En effet, les femmes françaises passent quotidiennement en moyenne 1 heure 34 minutes à s’occuper des enfants contre 43 minutes pour les hommes. Les femmes consacrent également 3 heures 13 minutes aux tâches ménagères, contre 1 heure 12 pour les hommes. D’ailleurs, le rapport affirme que même lorsqu’elles exercent un emploi à temps plein, les mères consacrent deux heures de plus que les pères chaque jour aux activités domestiques et parentales. Toutefois, cette inégale répartition des tâches domestiques s’est quelque peu réduite au cours des 25 dernières années.

Un niveau de revenu inférieur à 25,2% pour les femmes

16 838 € pour les femmes contre 22 522 € pour les hommes, telle est la différence de revenu salarial net annuel moyen dans le Doubs. L’écart de salaire entre les femmes et les hommes est, dans le Doubs, supérieur à l’écart moyen national qui est de 23,8%.

Le rapport souligne que plus une femme s’élève dans la hiérarchie des salaires, plus les écarts sont importants. En effet, parmi les cadres, professions intellectuelles et chef(fes) d’entreprises, les femmes touchent en moyenne 20,8% de moins que les hommes dans le Doubs. Pour Christine Bouquin, «l’écart peut être le reflet de pratique de discrimination salariale ou de processus inégalitaires jouant en défaveur des femmes à divers moments de la carrière, voire en amont de la vie professionnelle ». Autant de facteurs qui impactent directement sur le niveau de vie moyen des femmes puisqu’en 2014, il était 4% inférieur à celui des hommes.

De plus en plus de femmes à la tête d’entreprises

Enfin, le Doubs comptait 3 225 dirigeantes d’entreprises sur un total de 15 400 établissements à la fin 2014. D’après les statistiques du service d’accompagnement de la Chambre de commerce et d’industrie territoriale du Doubs, la femme dirigeante dans le Doubs est, en général, diplômée. En effet, selon le rapport dévoilé lundi, « 37% des candidates à la création d’entreprises reçues par la CCI affichent un niveau bac +2 ou un diplôme de l’enseignement supérieur ». 62% de ces cheffes d’entreprises sont âgées de 30 à 49 ans. Pour 20% d’entre elles, l’entreprenariat répond à un besoin d’indépendance.

Afin de lutter davantage contre ces inégalités, Christine Bouquin rappelle que « ce combat ne doit pas rester exclusivement féminin parce que les injustices à combattre, comme les progrès à réaliser, concernent la société dans son ensemble ».

Louise De Châteaublanc

Repères chronologiques :
  • 1907 : Les femmes mariées disposent librement de leur salaire.
  • 1965 : Les femmes peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.
  • 1972 : Le principe de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes est inscrit dans la loi.

 

 

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