- Annonce -

Ils sont originaires d’Inde, d’Espagne, du Nigeria et des quatre coins de l’Hexagone. Cet été, ils ont troqué les maillots de bain pour un bleu de travail afin de restaurer le lavoir d’un petit village d’environ 290 habitants.

Chaque été en France, de nombreux chantiers participatifs sont organisés pour sauver le patrimoine local, comme le lavoir de Bouhans et Feurg. DR
Chaque été en France, de nombreux chantiers participatifs sont organisés pour sauver le patrimoine local. Depuis l’an dernier, des jeunes du monde entier se réunissent pour restaurer le lavoir de Bouhans-et-Feurg. © Corinne Schmit

Chaque été, les chantiers internationaux au service du patrimoine local fleurissent en France et en Europe. Depuis deux ans, la commune de Bouhans-et-Feurg (Haute-Saône) accueille des jeunes venus du monde entier pour la restauration de son lavoir.

Le maire du village, Claude Demangeon, l’assure : « Le lavoir date de 1860, la charpente est d’origine, seule la toiture avait été refaite il y a une vingtaine d’années. C’est important de conserver le patrimoine local, ça fait partie de l’histoire. » Ainsi, depuis l’été dernier, des jeunes d’ici et d’ailleurs se succèdent pour apporter leur pierre à l’édifice. Le plus jeune a 18 ans, le plus vieux, dix ans de plus.

Les huit bénévoles et Bruno Schneider, murailler. © M.G
Les huit bénévoles et Bruno Schneider, murailler. © M.G

Parmi eux, deux étudiantes en architecture, venues se confronter à la réalité du terrain : « Je voulais me mettre dans la peau d’un ouvrier, de ceux qui construisent. C’est une bonne idée de sortir du bureau d’études », exprime Claire, 22 ans, originaire de Grenoble.

Des vacances utiles

Pour les autres, danseur, futur électricien, étudiants en économie, sciences ou en activité physique, participer à ce chantier permet avant tout de « faire quelque chose d’utile pendant les vacances ». Mohamed, 18 ans, actuellement en CAP Poissonnerie en région parisienne, a voulu tenter l’expérience après en avoir entendu parler dans son entourage. David, un Madrilène de 23 ans, a voulu essayer grâce à sa sœur qui a déjà participé à des chantiers de bénévoles comme celui-ci. Pour Javier, 28 ans, venu d’Espagne, la restauration de bâtiments anciens est une « grande inconnue ».

Durant le chantier, qu’il pleuve ou qu’il fasse très chaud comme lors de la canicule, les huit bénévoles ont d’abord nettoyé le vieux lavoir, démonté les pavés, creusé puis refait l’intégralité du dallage. « La rénovation est la plus fidèle possible à l’état d’origine. Le pavage a été reconstitué afin que les animaux ne glissent pas avec leurs sabots lorsqu’ils s’abreuvent », renseigne Corinne Schmit, première adjointe.

Pour encadrer les travaux, Bruno Schneider, murailler dont le métier consiste notamment à restaurer le patrimoine vernaculaire, plus souvent appelé petit patrimoine. « Ce patrimoine regroupe les richesses architecturales souvent délaissées et dont l’usage s’est perdu. Il s’agit par exemple des fontaines ou des lavoirs… »

© M.G
© M.G
DR
© Corinne Schmit
« Poser une pierre n’est pas si facile qu’il n’y paraît »

Pour ce passionné qui encadre de nombreux chantiers participatifs, transmettre son savoir-faire et son amour du travail de la pierre est une évidence : « Ce n’est pas toujours facile car ils partent de zéro, on ne connaît pas leurs capacités, il faut aussi les motiver avec le but final de leur apprendre quelque chose. D’autant plus que poser une pierre n’est pas si facile qu’il n’y paraît, on n’y arrive jamais du premier coup. Sur ces chantiers ils apprennent aussi à être patients et persévérants. » Il ajoute : « Au début, ils ne s’en sentent pas capables et au fil du temps, ils se prennent au jeu. »

De quoi tordre le cou à certaines idées reçues sur la “jeunesse d’aujourd’hui” : « Le programme repose sur les principes du bénévolat et de la solidarité. Tous les participants, parfois des mineurs, sont volontaires. Pour venir, ils paient des droits d’inscription ainsi que leur voyage, autant dire qu’il faut être motivé », précise Catherine Chausse, présidente de l’association Patrimoine et environnement des Monts de Gy.

DR
© Corinne Schmit

« Le programme repose sur les principes du bénévolat et de la solidarité. Tous les participants, parfois des mineurs, sont volontaires. »

Pour les ouvriers en herbe, la tâche est tout de même loin d’être facile : « Au début, on ne pensait pas du tout en être capables. On n’y connaissait rien », se souvient Maliq.

Claire confirme : « C’est tellement gratifiant de voir l’aboutissement de tous nos efforts, c’est une expérience magnifique. J’aimerais tellement participer à un nouveau chantier l’an prochain ». « Le plus dur c’est de casser les pierres et de les transporter, c’est parfois très lourd », souffle Mathilde, 19 ans.

David (étudiant en sport), en profite donc pour mêler l’utile à l’agréable : « C’est physique, ça fait partie de mon entraînement ! » 

© M.G
© M.G
© M.G
© M.G

Avec plusieurs nationalités représentées, la communication sur le chantier est polyglotte : « On parle français, espagnol, anglais… C’est un bon moyen de réviser les langues étrangères ! », s’amuse Guillaume, chargé d’encadrer les jeunes et de leur préparer les repas quotidiennement.

© M.G
© M.G
« Nettoyer le linge était physiquement très difficile »

Permise grâce à un partenariat entre l’Union Rempart et l’association Patrimoine et environnement des Monts de Gy, dont le but est de regrouper des personnes qui souhaitent s’investir dans les domaines de la protection du patrimoine, l’initiative fait l’unanimité. « C’est formidable pour notre petit village, les jeunes animent la vie locale », témoigne une habitante. « La rénovation du lavoir me rappelle mes jeunes années lorsque les femmes, les lavandières, y lavaient leur linge. Nettoyer le linge était physiquement très difficile, ça faisait mal aux genoux de rester longtemps appuyées sur la pierre. Lors des hivers, nos mères avaient les mains gelées. C’est aussi l’occasion de garder en tête que nous avons de la chance d’avoir tout ce confort moderne aujourd’hui », témoignent deux autres habitantes.

« Favoriser les rencontres et les échanges »

Chaque année, la commune investit entre 8 et 10 000 euros dans la rénovation des bâtiments municipaux. Les repas ainsi que le logement, dans le gîte d’un village voisin, sont pris en charge par la commune.

Pour le maire, il s’agit « bien sûr d’une opération financièrement intéressante car la municipalité n’aurait pas le budget pour réaliser de tels travaux mais c’est aussi une formidable manière de favoriser les rencontres et les échanges ». Lors de leur temps libre, les jeunes bénévoles ont pu visiter la région comme les salines royales d’Arc-et-Senans ou le centre-ville historique de Gray.

Pour célébrer la fin du chantier de deux semaines, habitants et bénévoles se sont rassemblés autour d’un buffet convivial pour déguster des spécialités culinaires locales et internationales.

L’actu en plusDepuis 1966, les chantiers solidaires ont permis de restaurer plus de 800 sites en Europe. Chaque année, ces opérations de réhabilitation du patrimoine local rassemblent plus de 4 000 bénévoles.En France, les épidémies de choléra, de variole et de typhoïde ont incité le Parlement à voter la loi du 3 février 1851 qui  accordait un crédit spécial pour subventionner à hauteur de 30% la construction de lavoirs couverts. Ces constructions généralement situées en contrebas d’une source ou d’une fontaine ou en bordure de ruisseau, comme celui de Bouhans-et-Feurg, sont restées en usage jusqu’au milieu du XXème siècle. Fréquentés par une population essentiellement féminine, les lavandières, les lavoirs avaient une importante fonction sociale puisque c’était l’un des rares lieux où les femmes pouvaient se réunir et discuter.
Militine GUINET

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here