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Le billet d’humeur par… Jacques Vuillemin

Le gouvernement organise donc à l’échelle de la France, un grand débat pour répondre aux colères exprimées par le mouvement des gilets jaunes.

Ce mouvement vient du profond de la société et exprime une colère sourde, trop longtemps contenue, la colère de retraités, de salariés, de femmes qui élèvent seules leurs enfants, la colère d’une France invisible, ignorée, confrontée à des fins de mois difficiles à des situations d’injustice sociale. Le gilet jaune des chantiers est leur emblème pour être visibles.

La réponse à cette colère ne peut être que politique, et les solutions collectives. C’est donc bien en réponse à ces colères que le gouvernement a lancé l’organisation d’un débat national pour transformer ces colères en solutions.

Projet séduisant mais risqué…

Risqué car ce débat est davantage imposé par les circonstances, les gilets jaunes, que souhaité vraiment par le gouvernement.
Débat risqué car débattre, ce n’est pas imposer son point de vue d’en haut. C’est, pour le gouvernement, confronter ses certitudes avec celles des autres, celle des citoyens.
Débat risqué en raison des défis à relever : le défi de la confiance, du pouvoir d’achat, le défi des résultats.
Risqué car de nombreux Français doutent de son utilité. Il revient au gouvernement de convaincre les Français que ce débat n’est pas un exercice imposé par les circonstances, mais une réelle opportunité d’entendre les Français et de répondre au mieux aux attentes de la majorité d’entre eux.

Un débat risqué car davantage imposé par les circonstances, les gilets jaunes, que souhaité vraiment par le gouvernement

La tâche sera rude.

Ce débat s’engage sur fond de crise sociale et politique. Or, toute crise sociale, politique puise ses racines dans des causes lointaines et des causes immédiates.
Les causes lointaines se déclinent en termes de perte de confiance entre élus et citoyens, manque d’écoute et de reconnaissance de leurs problèmes.

Reconnaissance, tout est dit.
Les citoyens sont-ils reconnus quand ils ont été si longtemps ignorés ?
Si la confiance se mesure dans l’impatience du lendemain, force est de constater qu’elle est faible tant la crainte du lendemain est forte chez de nombreux Français.
Les causes immédiates résultent des élections de 2017 et du bouleversement du paysage politique qui a suivi. Le Président était persuadé d’être la solution, en réalité il en est le produit. La réussite de ce débat exige la clarté, la transparence, la liberté d’expression et de proposition sans tabous.

De ce point de vue, il me paraît mal engagé.

Les rencontres du Président avec les maires sont peut-être utiles mais posent question dans la mesure où il donne ses réponses aux questions qu’il a lui-même posées dans sa lettre. Par ailleurs, certaines questions sont orientées pour justifier des décisions futures : Quel impôt faut-il réduire ? Quelles dépenses publiques faut-il diminuer ?… Ces questions sont en contradiction avec la volonté affichée de réduire la fracture territoriale d’une part et de répondre aux demandes de plus d’état exprimées par de nombreux Français.
Les services publics sont le patrimoine de ceux qui n’ont rien.

Enfin, se posera la question des moyens, des crédits, pour répondre au mieux aux attentes exprimées. Peut-être conviendrait-il de prendre davantage de recul, de liberté avec le respect des règles budgétaires de l’UE qui nous étranglent et nous privent de marges financières ? Il serait très regrettable que les demandes de pouvoir d’achat, de justice sociale et fiscale soient écartées au motif de leur coût. Si le gouvernement veut vraiment remplacer les colères par des solutions, il lui faudra bien répondre aux demandes exprimées par une majorité de citoyens.

Un mot sur le RIC… Dans une société de plus en plus complexe, marquée par tous les chocs du chômage, de la précarité, de l’exclusion, il importe d’associer de plus en plus les citoyens aux décisions qui engagent leur avenir.

La réussite de ce débat sera celle des citoyens, elle se mesurera à l’aune de l’audace et de la qualité des solutions retenues.

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