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L’agression dont avait été victime un conducteur de bus le 6 mars dernier avait suscité une vague d’indignations. Le service avait été interrompu sur l’ensemble du réseau tout un mercredi (voir l’article) et Jean-Louis Fousseret, maire et président du Grand Besançon avait souhaité que l’auteur soit rapidement interpellé. Étonnant épilogue !

Le 6 mars à 5h25, le conducteur de la ligne n°5 prend son service au terminus rue de Vesoul, face au collège Camus. Très rapidement, un homme armé d’un pistolet et cagoulé monte à bord du bus et braque le conducteur pour qu’il lui remette la caisse.

Après de nombreuses incivilités, cette agression est celle de trop. Une réunion exceptionnelle entre représentants du personnel et direction a lieu à 11h et il est décidé un arrêt total du réseau de bus et tram dès le début de l’après-midi.

« Nous tenons à apporter tout notre soutien au conducteur ainsi qu’à ses collègues choqués par cette violence », avaitécrit Keolis Besançon Mobilités dans un communiqué. En fin d’après-midi, le Maire avait à son tout condamné « avec la plus grande fermeté cet acte de violence intolérable ».

Excellente et rapide enquête de la sûreté départementale

Dirigée par le commissaire Kmyta, chef de la sûreté départementale, la cellule d’enquête chargée d’élucider les affaires de braquage, a très rapidement perçu des incohérences dans les propos du conducteur de bus. Si la vidéo-surveillance à bord clairement identifié un braquage à main armée, le chauffeur va mettre plusieurs minutes avant d’actionner le bouton d’alerte avec le centre Ginko. À leur arrivée, les agents de police-secours constatent une attitude ambiguë du conducteur.

« Il m’a demandé de faire semblant de le braquer. Je l’ai fait par amitié »

Sur ses dires, l’enquête va tenter de retrouver l’auteur présumé grâce aux caméras de vidéo-surveillance du quartier. Il s’avère que la « victime » va changer plusieurs fois de version.

Les enquêteurs poursuivent leurs recherches et vont finir par interpeller un individu d’une soixantaine d’années, ami proche du conducteur. Il reconnaît aussitôt les faits et semble soulagé en voyant la police.

« Je vous attendais. Je ne dors plus depuis. Il m’a demandé de faire semblant de le braquer. Je l’ai fait par amitié », dira-t-il aux policiers venus l’arrêter ! L’homme est simplement connu de la justice pour des condamnations de conduite en état alcoolique.

bus ginko besancon
L’agent a tout inventé. DR

Les policiers interpellent dans la foulée le conducteur du bus à son domicile. Après avoir nié les faits, il avoue piteusement avoir commandité la « fausse agression ». Le chauffeur de 54 ans faisait l’objet d’une procédure de sanction disciplinaire à la suite d’un accident de circulation ayant fortement endommagé son bus. Déprimé et craignant d’être prochainement licencié, il avait demandé à un ami d’organiser son agression. L’arme n’était qu’un jouet en plastique et l’argent dérobée lui appartenait.

Les deux amis ont été déférés au Parquet ce jeudi 28 mars et inculpés du chef de « dénonciation mensongère à l’autorité judiciaire d’un crime ou délit ayant exposé les services judiciaires à d’inutiles recherches »

Ils ont accepté la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). À l’issue de l’audience devant le procureur de la République, les deux compères ont écopé de trois mois de prison avec sursis et 18 mois de mise à l’épreuve ainsi qu’un stage de citoyenneté à leur charge. Le conducteur du bus a, en outre, interdiction de conduire un véhicule de transports en commun pendant toute la période de mise à l’épreuve.

Joint par téléphone, Laurent Sénécat, le directeur général de Keolis Besançon Mobilités se dit extrêmement choqué par cet épilogue. « La direction, l’ensemble des collaborateurs, les représentants du personnel sont sous le choc d’avoir été trompés par ce conducteur qu’ils ont soutenu depuis son agression ».

Laurent Sénécat poursuit en précisant que « l’éventuelle sanction à l’encontre du conducteur convoqué à un entretien préalable le jour même de son « agression » ne pouvait être un licenciement, contrairement à ce qu’il a prétendu devant les policiers. »

Nous envisageons de porter plainte contre notre conducteur au regard du préjudice moral subi par l’entreprise et ses collaborateurs, du préjudice vis à vis des voyageurs privés de service et du préjudice financier qui en découle.

Le patron de Keolis Besançon Mobilités conclut « nous envisageons de porter plainte contre notre conducteur au regard du préjudice moral subi par l’entreprise et ses collaborateurs, du préjudice vis à vis des voyageurs privés de service et du préjudice financier qui en découle. » Enfin, le conducteur va faire l’objet d’une procédure disciplinaire en vue de son licenciement pour faute grave.

L’affaire de ces deux Pieds nickelés serait risible si elle ne s’était pas déroulée dans une ambiance d’incivilités dont sont victimes les conducteurs du réseau Ginko et également au regard des perturbations pour les milliers de voyageurs privés de bus et de tram tout un après-midi.

YQ

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