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Jeudi, un communiqué de presse officiel émanant de la Ville de Besançon a atterri dans toutes les messageries des rédactions locales. Quelques lignes pour annoncer la présence d’un mentaliste dévoué à aiguiller les futurs étudiants lors de la journée portes ouvertes de l’Université de Franche-Comté.

Intéressant. Insolite. Sympa. Ludique. Original… Me direz-vous. En effet, convier un mentaliste pour aider ces pauvres brebis galeuses égarées dans ce long parcours du combattant que constitue le choix des études après le bac partait d’une excellente intention.

Problème… Bien avant de publier l’article, dans le souci d’apporter une précision à son papier, la journaliste avait contacté Stéphan Raphaël, le directeur de la communication à la Ville de Besançon. Oui ! Le même qui avait déjà provoqué le buzz avec ses campagnes de communication originales sur les assesseurs… Le même aussi qui avait provoqué la colère des associations féministes, visiblement outrées de voir apparaître des mollets féminins sur les visuels annonçant la réouverture du musée des Beaux-Arts et d’archéologie (mais non choquées de voir apparaître des épaules masculines…).

En la recontactant plus tard, celui-ci lui apprend alors que Jonathan Meyers, ledit mentaliste, n’est autre qu’un « personnage créé de toutes pièces par la Ville qui sera interprété par un comédien ».

Malaise à l’heure où les citoyens n’ont plus confiance en la presse et où des journalistes se font violenter lors des rassemblements de Gilets Jaunes, parce que soupçonnés d’être complotistes et mensongers…

Dans la conversation téléphonique, le roi de la com’, s’est fendu d’un : « Ah ah ! Ça va encore faire le buzz ! Certains de vos confrères (que nous ne citerons pas), ne se sont pas posés la question, eux ! » Puis en cherchant à la rassurer, il a ajouté : « L’étude qui était mentionnée dans le communiqué est vraiment sérieuse, elle, pour le coup ».

Aussitôt accusé d’avoir encouragé la diffusion d’une information mensongère, le communicant, s’est défendu : « Mais les gens savent tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un vrai mentaliste en arrivant sur place… » Peut-être. Mais…

En tant que journalistes, dont la profession est dictée par des codes de déontologie et l’impératif de diffuser une information, vérifiée, recoupée, sourcée et sans fards aux lecteurs, comment réagir ?

Supprimer un article qui avait déjà été consulté plusieurs centaines de fois ? Le rafistoler en se disant qu’avec un peu de chance, le lecteur qui aura lu la version erronée reviendra –peut-être- y jeter un œil et comprendra qu’il s’agissait « en fait » d’un buzz pour attirer la foule ? Ou démentir. Ce que font les journalistes habités par le devoir d’informer.

De la même manière, comment aurait réagi un consommateur si, en rentrant du supermarché, il avait découvert un steak en déballant ce qu’il croyait être un filet de cabillaud ? Erreur sur la marchandise, aurait-on dit.

Si l’on comprend la démarche du responsable de la communication, dont le but est de rassembler un maximum de personnes à la journée portes ouvertes de l’Université, il ne faut cependant pas oublier le rôle de tout bon journaliste qui se respecte. Corriger, ajuster, démentir – et dénoncer le procédé aguicheur, un peu piégeur, du communiqué de presse – était un devoir. Transparence vis-à-vis des lecteurs oblige…

Qu’en aurait-il été si nous avions tout bonnement laissé courir l’article ? Si, trop occupés par les autres reportages qui nous attendent, nous n’avions pas cherché une seconde à vérifier, et rectifier même après parution ? Qui aurait été blâmé ? Le communiqué de presse officiel de la Ville, parole sainte dans l’univers médiatique, ou les journalistes ?

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Selon un sondage Odoxa Dentsu-Consulting, un tiers des Français reconnaît avoir relayé des fausses informations par erreur. DR

Après tout, la journaliste aurait pu choisir de différer la parution de l’article tant qu’elle n’avait pas été recontactée… Là aussi, problématique lorsque les médias se disputent sans cesse la primeur de l’information dans l’espoir que les lecteurs, alléchés par l’immédiateté, la gratuité et le sensationnalisme, ne les délaissent pas, pour un média plus rapide certes, mais moins animé par le respect des codes du journalisme.

Coupable d’une fake news, il l’est. Mais nous. Nous, plaidons coupables pour nous être laissés prendre à notre propre jeu : celui de la course à l’info. Quant aux lecteurs, que veulent-ils ? Une info vraie, correcte, plus lente à arriver, ou…

Militine GUINET

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