Désobéissance civile : un concept bien ambigu

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Laurence de Cock, Damien Carême, Dominique Henry et Barbara Romagnan - Crédit photo YQ
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Samedi 10 mars, Barbara Romagnan, ex-députée de la 1ère circonscription du Doubs de 2012 à 2017, avait endossé le costume d’animatrice du débat autour de la désobéissance civile. Elle était entourée de Damien Carême, Maire EELV de Grande-Synthe (Nord), de Dominique Henry agricultrice du Haut Doubs, membre éminente de la Confédération paysanne et de Laurence de Cock, historienne et chroniqueuse à Médiapart. La grande salle du Centre Dramatique avait fait le plein de ses 300 spectateurs, tous acquis au principe de « désobéissance civile »…

A-t-on le droit de désobéir

« Désobéir, est-ce retirer ses chaussures odorantes dans une salle de spectacle ? » C’est la question qui m’effleura les lèvres et titilla les narines, mon voisin barbu ayant ostensiblement mis à l’air ses orteils… La soirée commençait bien !

Plus philosophe que politique, Barbara Romagnan débute son propos par sa définition de la désobéissance civile : « La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. » Est-ce la fin de la démocratie où une minorité doit s’adapter aux lois de la majorité élue ? Non, dit-elle mais « il faut des lois pour vivre ensemble et comment fait-on quand les lois ne nous conviennent pas » ; c’est toute l’ambiguïté de ce concept déjà connu comme « droit de résistance » dans le droit romain. Le théâtre sentait la craie des salles de classe, l’odeur de bière et de thé détox des discussions interminables de ces collectifs et autres associations de pseudo-intellectuels du « camp du Bien » comme s’en revendiquent Laurence de Cock et ses amis(es) d’Aggiornamento Histoire-Géo.

Dominique Henry, ancienne agricultrice du Haut Doubs, est surtout une militante active de la Confédération Paysanne prônant une agriculture soucieuse de l’environnement et du bien-être social des agriculteurs… Une sorte d’Internationale paysanne, comme aux meilleurs temps des utopies et des faux semblants. Elle témoignait de son expérience de « délinquante » lors du démontage de la ferme des 1000 vaches dans la Somme et surtout de son refus de prélèvement ADN suite à sa condamnation. Elle aussi, militante du « camp du bien », elle fut soutenue dans son combat par la CGT et par Charles Piaget, héros syndicaliste pour les uns, artisan du désastre horloger bisontin pour les autres.

Puis vint le tour de Damien Carême, le médiatique maire EELV de Grande-Synthe, commune de l’agglomération de Dunkerque. Il se fait connaître du grand public en 2015 en s’opposant ouvertement à Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur : « Le Maire d’une ville n’a pas à obéir à un ministre » dit-il à propos de la construction d’un centre d’hébergement de migrants dans sa commune. Damien Carême oublie-t-il volontairement qu’il est aussi l’héritier d’une dynastie, son père ayant été maire de la même commune pendant 20 ans… Transgressif le gaillard, mais pas trop !

Le mot de la fin revenait à Laurence de Cock. L’historienne veut tout simplement réécrire l’Histoire. Bel engagement si l’on considère que le Roman National si cher aux têtes blondes de la 3ème République a quand même du plomb dans l’aile. Si nos ancêtres ne sont pas tous gaulois, ils partagent une histoire millénaire en commun sur tout le continent européen. Ce n’est pas faire fi des migrations arabes ou africaines que de considérer les peuples européens partageant une culture commune. Les migrations du Moyen-Âge ont permis aux tailleurs de pierre, aux maçons, aux sculpteurs, aux peintres, aux ferronniers et à tant d’autres de bâtir ces cathédrales de Burgos à Milan, de Paris à Cologne ! Doit-on réécrire l’Histoire en occultant cette période ? Laurence de Cock conclut sur le procès partagé de l’Education Nationale. « Depuis 1 siècle, le pilier du Savoir endort l’esprit critique alors que l’Ecole devrait susciter des questions plutôt qu’apporter des réponses…Nous avons bâti des normes de citoyenneté où le doute et la posture critique sont interdits ». Si aggiornamento il doit y avoir, cela ne concerne pas uniquement l’enseignement de l’Histoire mais l’ensemble de toutes les matières et surtout l’adaptation des pédagogies au monde contemporain. Exit les pédagogistes, n’en déplaise à Laurence de Cock qui prône pour les générations futures un chemin aussi contraignant que l’ancien. Les enfants devront choisir le « camp du bien ».

Le sens du débat ou le débat a-t-il encore un sens ?

La définition du mot débattre est « de discuter contradictoirement avec un ou plusieurs interlocuteurs ». En l’espèce ce samedi soir au CDN de Besançon, il n’y avait donc ni débat ni matière à aiguiser le sens critique, tous les participants œuvrant par définition pour le bien commun. De crainte de me faire lyncher à la sortie, je n’eus pas le courage de poser la question de savoir si l’évasion fiscale n’est pas une forme de désobéissance civile !

YQ

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