Dans les coulisses des égouts de Besançon

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Relativement invisible et méconnu, le métier d’égoutier est pourtant essentiel en termes de salubrité. DR
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Que se passe-t-il sous nos pieds ? Partie intégrante du cycle de l’eau, les égouts sont nécessaires pour garantir l’assainissement de l’eau. Situées entre 3 et 11 mètres sous nos pieds, certaines galeries sont visitables. Direction les sous-sols de Besançon.
Eaux de pluie et eaux usagées collectées

Les égouts ont pour but de récupérer les effluents des usagers pour les transporter jusqu’à une station d’épuration. Deux types de réseaux existent en matière d’égouts : d’une part le réseau unitaire qui mélange les eaux qui proviennent des usagers aux eaux de pluie, d’autre part, le réseau séparatif qui distingue les effluents des eaux de pluie. À Besançon, eaux de pluie et eaux usagées sont mélangées, il s’agit donc d’un réseau unitaire.

Certains quartiers comme Planoise, dont le système d’égout date des années 1970, sont équipés de galeries multi-réseaux visitables. Autrement dit, tous les réseaux sont visibles, ce qui facilite la réparation et la maintenance. « Les galeries multi-réseaux nous offrent un gros avantage en termes d’accessibilité, mais on les trouve généralement dans les quartiers récents. Au centre-ville, le système d’égout est très ancien et donc beaucoup moins accessible pour les égoutiers », indique Maximilien Parisot, chef du service exploitation réseaux à la Ville de Besançon. En effet, les installations de la Boucle n’ont à l’époque, pas été conçues pour être véhiculées…

Pour se repérer, c’est très simple : les noms des rues sont indiqués comme à la surface, et des plans sont disposés le long des galeries. Pour les égoutiers, se repérer est également une question d’habitude.

Le réseau d’assainissement de la Ville s’étend sur 300 kilomètres dont 70 kilomètres de réseau visitables à Besançon, soit près de 200 galeries… DR
Le réseau d’assainissement de la Ville s’étend sur 300 kilomètres dont 70 kilomètres de réseau visitables à Besançon, soit près de 200 galeries… DR
L’importance de l’entretien du réseau

Le réseau d’assainissement de la Ville s’étend sur 300 kilomètres dont 70 kilomètres de réseau visitables à Besançon, soit près de 200 galeries…

Nettoyage du réseau, dératisation, curetage, pour les entretenir, les 13 égoutiers de Besançon œuvrent quotidiennement.

En plus d’un travail de surface, comme l’entretien des caniveaux et des grilles qui collectent les eaux des voies de tram qui vient de s’achever à Besançon, les professionnels de l’assainissement collaborent régulièrement avec des entreprises privées, notamment pour installer la fibre. « On intervient dans les antennes pour les déboucher. Nous sommes aussi amenés à ramasser ce que les gens jettent. Parfois, on retrouve des portes ou des poussettes. Les lingettes jetées dans les toilettes constituent également un vrai fléau car elles bloquent les pompes. Il y a aussi le problème des graisses alimentaires que certains restaurateurs déversent, une fois refroidies, celles-ci durcissent et bien sûr, bouchent les conduits. Le curetage est donc très important pour éviter que les réseaux se bouchent, s’ensablent et débordent », indique Bouabdallah Dada, égoutier. C’est donc à l’aide d’hydrocureurs, des camions qui nettoient avec de l’eau, que les égoutiers débouchent le réseau quand il est obstrué. Le curetage représente 10% du réseau par an.

« Le but est d’entretenir avant que les réseaux débordent et polluent. La réglementation nous impose un minimum de 95% de pollution collectée. D’ailleurs, en cas de gros orages, les réseaux ne sont pas toujours capables de tout absorber », développe Maximilien Parisot.

Des rats et des hommes
La dératisation des
La dératisation des égouts de Besançon a lieu deux fois par an. © M.G.

Autre opération majeure : la dératisation qui a lieu deux fois par ans. « On place des cubes qui tuent les rats dans les égouts visitables. On ne cherche pas à éradiquer les rats, on contrôle plutôt la population pour des raisons d’hygiène et de sécurité sanitaire », glisse l’égoutier.

En effet, les rats peuvent véhiculer des maladies dangereuses pour l’homme, comme la leptospirose. « Le vaccin contre la leptospirose est très fortement recommandé aux égoutiers qui sont en contact direct avec les rats et le milieu insalubre », informe Maximilien Parisot. « Toutefois, le vaccin à renouveler tous les deux ans, ne couvre pas toutes les souches de la maladie. »

C’est notamment la raison pour laquelle les égoutiers sont équipés d’une combinaison, de cuissardes, de gants ainsi que d’un masque détecteur de gaz. « Le masque est auto-sauveteur, s’il détecte la présence d’un gaz comme l’hydrogène de sulfure, qui a une odeur d’œuf pourri et qui est très explosif, il se met à biper et nous devons remonter à la surface. La peinture ou l’huile de vidange que les gens évacuent, sont également très toxiques pour nous », explique le professionnel. Il faut savoir que plus l’espace est confiné, plus le risque de concentration de gaz est accru. D’ailleurs, les égoutiers sont maintenus par un harnais qui leur permet d’être rapidement secourus en cas d’accident ou d’accès difficile. « On ne descend jamais seul à l’égout, nous sommes au minimum trois sur une intervention : deux personnes sous les égouts, et une personne en surface pour nous alerter en cas de danger », Bouabdallah Dada.

Des conditions de travail difficiles

« On peut parcourir jusqu’à 18 kilomètres par jour, avec un seau dans chaque main, en marchant courbés ». Ce qui explique pourquoi autrefois, les égoutiers étaient recrutés en fonction de leurs petites tailles. « Au moment du recrutement, la Ville de Besançon leur fait subir des tests physiques pour qu’ils se rendent compte en situation réelle », raconte Maximilien Parisot.

Sans compter le contact avec les rats, les odeurs, la chaleur des égouts… « On voit les yeux rouges des rats dans le noir, mais ils ne nous attaquent pas puisqu’ils ont peur de l’homme », ajoute-t-il.

Pas de doute, pour exercer ce métier, il ne faut pas être claustrophobe ni avoir peur des rats et autres bêtes qui grouillent là-dessous…

La chaleur ajoute de la pénibilité à leur travail : « Même isolées, les conduites d’eau surpressées à 200°C et 25 bars laissent toujours échapper un peu de chaleur. De plus, les effluents sont en général chauds toute l’année, environ 20° et rendent les égouts tempérés. Les aérations limitées ne permettent pas non plus d’extraire le surplus de chaleur », assure Maximilien Parisot.

Danger constamment présent dans les égouts

Enfin, le danger est constant dans les égouts. En cas de fortes pluies, comme le jour de ce reportage, les eaux collectées peuvent, en quelques minutes, arriver à la taille des personnes. Les égoutiers risquent alors la noyade s’ils ne sortent pas à temps, d’où la nécessité d’un agent en surface et de harnais…

Militine GUINET

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