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Inventé dans les années 1930 par Roger Magnard (qui donnera ensuite son nom aux Éditions Magnard), le cahier de vacances est toujours à la page. Chaque été, il s’en vend des millions. Zoom sur cette spécialité franco-française.

Il s’apparente à un oxymore, cette figure de style qui consiste à réunir deux termes de sens contraires à l’intérieur d’un même groupe de mots (comme « mort-vivant »). Paradoxal rien que par son nom, le cahier de vacances, a toujours autant la cote. 4,5 millions d’exemplaires sont en effet vendus chaque année. Comment expliquer son succès ?

« C’est une tradition ! J’en achetais pour mes enfants maintenant, c’est pour les petits-enfants ! », s’exclame Jacqueline, une grand-mère venue faire le plein à la Librairie L’Intranquille. Mais pas simple de choisir dans un rayon allègrement fourni.

« Ce sont les enfants qui les réclament : ils veulent tous un cahier de vacances. »

« Ça cartonne cette année ! », indique Quentin, responsable du rayon. « Début juillet, nous avions déjà doublé notre volume de ventes par rapport à l’année dernière. »

Selon lui, cela s’explique notamment par la multitude de références proposées : « Il y en a pour tous les niveaux sur des tas de thématiques différentes. Ils sont aussi très attractifs, certains sont spécialisés sur le foot. Par exemple, celui sur Griezmann a explosé les ventes l’an dernier. Cette année, le cahier destiné à l’émission Fort Boyard se vend également beaucoup. »

Puis il y a les cahiers de vacances qui surfent sur les dernières tendances en matière de pédagogie : « Le cahier Montessori s’arrache cet été. Il a vite été épuisé », murmure-t-il.

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4,5 millions de cahiers de vacances sont vendus chaque année. Leader sur le marché, le mythique Passeport édité par la maison Hachette. © Militine GUINET
« De plus en plus ludique »

En tête des ventes, les cahiers de vacances destinés aux élèves de Grande section, CP et CE1. « Ce sont les classes qui marchent le plus même si on s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de demandes pour la classe de seconde, c’est d’ailleurs le dernier niveau qui existe pour ce produit. » Quelque peu étonné, il ajoute : « On remarque que ce sont les enfants qui les réclament : ils veulent tous un cahier de vacances. »

Une rue plus loin, à La Maison de la Presse, c’est la même effervescence. « Ça reste un produit phare de l’été », explique Delphine Faivre, employée. Vendu entre 4 et 7 euros, le cahier de vacances se fait de plus en plus ludique avec des énigmes et des enquêtes policières à résoudre. « On propose aussi des cahiers de vacances pour adultes sur la culture générale, le sport, les langues… Ces produits se vendent encore plus que les cahiers de vacances pour enfants. Il faut dire qu’on n’a jamais eu autant de choix », précise-t-elle.

Pour ou contre le cahier de vacances ?

Carine, mère de quatre enfants en achète tous les étés. « Je trouve que c’est un bon outil pour faire travailler les enfants et éviter qu’ils oublient ce qu’ils ont vu en classe. D’un autre côté, je pense qu’acheter un cahier de vacances rassure surtout les parents car ils ne sont jamais terminés. Cette année, ma fille rentre en sixième, son futur collège a organisé une semaine de remise à niveau fin août avec des cours le matin et des sorties l’après-midi, je pense que c’est plus bénéfique qu’un cahier de vacances. »

« Si on donne deux mois de vacances aux gamins, ce n’est pas pour rien. »

Une autre maman, Maryse, ne semble pas convaincue par les cahiers de vacances.

« J’ai eu trois enfants. Tous les trois sont diplômés de l’enseignement supérieur pourtant je n’ai pas toujours acheté de cahiers de vacances. Mon dernier, n’en a même jamais eu. Je pense que c’est avant tout commercial. Si on donne deux mois de vacances aux gamins, ce n’est pas pour rien. »

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Beaucoup achetés, rarement achevés, les cahiers de vacances restent incontournables en été. DR

Si pour elle, les vacances ne doivent pas rimer avec crayons et cahiers, elle admet tout de même le rôle des activités de la vie quotidienne pour faire réviser sans en avoir l’air : « Je profitais d’une virée shopping avec mes filles pendant les soldes pour les faire calculer. La confection d’un gâteau permettait aussi de revoir les fractions sans leur donner cette impression. En fait, de nombreuses activités permettent de garder en éveil l’esprit de curiosité des enfants sans passer par la case devoirs », glisse-t-elle avec nostalgie.

Qu’en pense le prof ?

Gyslain est professeur des écoles spécialisé dans les élèves en difficulté scolaire. Ni pour, ni contre les cahiers de vacances, il insiste sur l’importance de ne pas forcer l’enfant : « Les cahiers de vacances ne sont pas totalement inutiles sauf s’ils sont faits à contrecœur. Si l’élève fait ses exercices en rechignant ce n’est pas la peine car il risque de se dégoûter de l’école. D’ailleurs, ce n’est pas le cahier de vacances qui transformera le niveau d’un élève même si, aborder un sujet différemment avec un proche, peut débloquer certaines difficultés rencontrées en classe. »

Allez, plus que 24 jours pour s’y mettre avant la rentrée. Ou pas !

Militine GUINET

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