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La maison où la romancière a séjourné de 1900 à 1908 sera ouverte au public tout le week-end.

Certains Bisontins l’ignorent encore. L’écrivaine Colette a vécu à  Besançon. C’est notamment dans cette propriété des Montboucons que la romancière a écrit « Les Dialogues de bêtes », « L’ingénue libertine », « Claudine à Paris », « Claudine sen va », « Minne » et « La Retraite sentimentale ».

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La Ville a racheté la propriété et le mobilier de Colette en 2001 pour la somme de 320 000 euros. © Militine GUINET
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Quand on entre dans la Maison Colette… © Yves QUEMENEUR

À l’époque, Madame Gauthier-Villars, plus connue sous le nom de Colette, a 27 ans. « Claudine à l’école », publié sous le nom de son mari jurassien, Henri Gauthier-Villars, dit Willy, qui s’en sert de nègre, se vend en deux mois à 40 000 exemplaires. Mais la bonne société n’est pas dupe et devine que le récit s’est écrit à quatre mains. L’écrivain Jules Renard dira : « Willy ONT du talent » avant d’ajouter à Colette : « Apprenez donc à marcher toute seule ».

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L’écrivaine y a vécu pendant huit ans. © Direction du Patrimoine Historique/Ville de Besançon
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Vue depuis le parc de la propriété. © Direction du Patrimoine Historique/Ville de Besançon
La retraite de Colette à la campagne

Ayant passé toute son enfance à la campagne bourguignonne dans le village de Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), Colette est excédée par la vie parisienne et les tromperies successives de son mari qui exploite sa plume pour gagner trois sous. En septembre 1900, pour redonner à sa femme le goût de l’écriture, Willy lui achète alors cette propriété datant des années 1720. C’est là, dans cet écrin niché au cœur de la verdure qui s’étend sur plus de trois hectares, qu’elle prendra ses quartiers, six mois dans l’année pendant huit ans.

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La Ville envisage d’ouvrir la Maison Colette au public lors des journées du patrimoine. © Militine GUINET
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Dans l’une des pièces ouvertes au public, la table de billard et son tapis d’origine… © Militine GUINET

« La maison est une basse vieille maison à un étage, chaude l’hiver et fraîche l’été, un logis sans atours, non sans grâce. Le petit fronton de marbre s’écaille… et sous les cinq marches descellées en pierre, un crapaud chante le soir d’un gosier amoureux. Que j’aime Casamène. » Colette

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… en passant par les queues de billard avec lesquelles Colette a joué. La tapisserie est également d’origine. © Militine GUINET

En manque d’argent, le sulfureux Willy finira par revendre le domaine à son ami l’écrivain Jules Bruneteau qui lui avait vendu en 1900. Une trahison qui attristera énormément la femme de Lettres. D’autant plus que ses séjours à Besançon l’auront considérablement inspirée. Dans son roman le plus connu, « La Retraite sentimentale », Colette, dictée par son imagination, transforme en effet le domaine des MontBoucons en domaine de Casamène.

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La maison a conservé de nombreuses traces du passage de Colette. © Militine GUINET
« Il s’en fallut de peu que de bourguignonne je ne tournasse bisontine, tout au moins franc-comtoise »

Plus personnellement, l’écrivaine adorait ce domaine et envisageait même de s’y installer à l’année avec son chien Toby-Chien et son chat, Kiki la Doucette. Dans un roman plus autobiographique, « Mes apprentissages », elle partagera avec les lecteurs un souvenir ému de la Franche-Comté.

« Comme aux plus agréables des pièges, j’ai failli rester prise aux charmes des Mont-Boucons. Vieux arbres fruitiers, cerisiers et mirabelles ; murs épais, impétueux feux de bois, sèches alcôves craquantes –il s’en fallut de peu que de bourguignonne je ne tournasse bisontine, tout au moins franc-comtoise […] Le goût de mes heures franc-comtoises m’est resté si vif qu’en dépit des années, je n’ai rien perdu de tant d’images, de tant d’études, de tant de mélancolie », écrira-t-elle.

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Très attachée à la région, Colette reviendra plusieurs fois à Besançon après la revente du domaine par Willy en janvier 1908. © Militine GUINET

Il reste des témoignages de sa vie bisontine. Toby-chien manquant de se faire écraser par le tramway de l’époque, ses leçons d’équitation au manège de Saint-Claude, l’article d’un journaliste de « La Dépêche républicaine de Franche-Comté »… tant d’anecdotes partagées par des locaux qui l’ont côtoyée.

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Colette se ressourçait dans le parc de trois hectares et demi qui abrite de rares espèces de flore comme cette orchidée sauvage. © Militine GUINET

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Du parc, Colette pensait qu’il avait « longuement [été] négligé, ce qui ne le rendait que plus beau ». © Militine GUINET
Très attachée à la région, Colette reviendra plusieurs fois après la revente du domaine par Willy à son ami Jules Bruneteau en janvier 1908.

« Le goût de mes heures franc-comtoises m’est resté si vif qu’en dépit des années, je n’ai rien perdu de tant d’images, de tant d’études, de tant de mélancolie »

Elle profitera de plusieurs occasions notamment des spectacles de pantomime au Casino des bains ou d’une conférence qui a marqué les esprits, en 1932 au Kursaal, pour passer quelques jours à Besançon.

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« J’ai revu notre petite maison qui s’appelle les Monts-Boucons. Les arbres étaient rouges et défeuillés et la maison si triste et si calme que j’avais envie d’y demeurer tout de suite », a écrit Colette sur la propriété. © Militine GUINET
De résidence d’écrivaine à atelier d’architecte

Après la revente de la propriété, la maison restera dans la famille Bruneteau pendant plusieurs décennies. La fille de Jules Bruneteau, épouse de Maurice Boutterin, premier grand prix de Rome d’architecture, succombera à son tour aux charmes de ce coin de campagne à l’orée de la citée bisontine. L’architecte de renommée fera construire son atelier là où se trouvaient les écuries.

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L’auteure de « La Retraite sentimentale » était très attachée à sa maison de Besançon et à la région. © Militine GUINET

D’après Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon, à l’origine du rachat par la Ville en 2001, « quelques uns des grands projets de la Ville, dont le lycée Pasteur, ont été dessinés ici ». En tout, le rachat de la propriété, du terrain ainsi que du mobilier de Colette aura coûté 320 000 euros à la Ville. Cette dernière se targue par ailleurs d’avoir évité au parc agrémenté de tilleuls bicentenaires où biches et moutons gambadent en liberté, d’être transformé en lotissement à deux pas de Temis Innovation.

Une restauration partielle « faute de financements suffisants »

Depuis, la demeure a subi quelques travaux. « La maison n’a pas été restaurée dans son ensemble faute de financements suffisants », précise Jean-Louis Fousseret. « Mais elle a été entretenue pendant toutes ces années et sécurisée ; au niveau du parc cet du gros œuvre en particulier. » Le parc est en effet entretenu à l’année par un jardinier de la Ville qui y réside pour assurer une surveillance continue.

Quel programme ce week-end ?

Ce week-end, seul le premier étage de la maison Colette sera ouvert au public qui pourra notamment admirer un croquis de Colette réalisé au cigare par des ouvriers chargés des travaux à l’époque. Parmi les immanquables, une lettre, récemment acquise par la Ville, adressée à son amie Gabrielle où elle écrit qu’elle regrette ses « Mont-Bouccons », comme elle l’écrit.

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Ce week-end, les visiteurs pourront notamment découvrir une caricature de Colette dessinée au cigare par des ouvriers chargés de réaliser des travaux lorsqu’elle y vivait. © Militine GUINET

La maison et ses différents occupants, c’est-à-dire Colette et les Boutterin, famille d’architectes, seront présentés aux visiteurs. Ces derniers pourront admirer le parc, qui abrite quelques espèces rares de flore dont un hêtre pourpre panaché et un laurier du Portugal, le verger ainsi que l’œuvre de la romancière à travers des espaces de lecture.

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Les visiteurs pourront redécouvrir les ouvrages de Colette. © Militine GUINET

Très enthousiaste à l’idée de dévoiler le lieu pour la première fois au public, le maire de Besançon, envisage d’intégrer « le paradis de Colette » à la programmation des Journées européennes du patrimoine.

L’actu en plusBesançon et le village natale de l’écrivaine mis à l’honneur dans un biopicColette était Bourguignonne puisqu’elle est née dans l’Yonne à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Elle a ensuite vécu quelque temps à Besançon. Pourtant, aucune des scènes du biopic réalisé par le britannique Wash Westmoreland, n’a été tournée en Bourgogne Franche-Comté. Dans le film, sorti en janvier dernier, plusieurs scènes se déroulent dans l’Yonne et aux Montboucons. Le village natal de Colette a en effet été reconstitué en Angleterre dans le Northhamptonshire et l’Oxfordshire. Le Paris de la Belle époque et la propriété bisontine ont quant à eux été reconstitués en Hongrie, à Budapest ainsi qu’en studio.
Militine GUINET
Ouverture de la Maison Colette, 41 chemin des Montboucons, samedi 22 juin de 14h à 18h et dimanche 23 juin de 10h à 18h. 
Visites guidées du parc et du verger.

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