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L’horlogerie se conjugue avec Besançon et le Haut-Doubs depuis bien longtemps. Le musée du Temps à Besançon vient d’inaugurer une exposition qui ravira autant les passionnés d’horlogerie que les amoureux de l’histoire comtoise. « L’horlogerie dans ses murs », à découvrir jusqu’au 6 octobre au musée du Temps.

Les plus chauvins des comtois diront que l’horlogerie suisse est franc-comtoise. En effet, lors de la révocation de l’édit de Nantes en 1685, on estime à 200 000 le nombre de français protestants qui se sont réfugiés en Suisse, principalement à Genève. Parmi eux de nombreux horlogers. À l’inverse, l’essor de l’industrie horlogère helvétique au XVIIIème siècle a conduit de nombreux français à aller travailler de l’autre côté de la frontière. Main d’œuvre compétente, on ne les appelait pas encore « frontaliers », souvent paysans, ils consacraient l’hiver au travail minutieux du métal.

Immeuble Sidhor horlogerie de Besançon
L’immeuble Sidhor rue de la Mouillère est emblématique de l’horlogerie bisontine intégrée dans la ville. Il a reçu le label patrimoine du XXème siècle. © Musée du temps

En 1793, la jeune république française veut gagner son autonomie économique et fait venir un nombre important d’horlogers suisses autour de Laurent Mégevand qui va établir la « fabrique d’horlogerie de Besançon ».

En 1875, 5150 horlogers travaillaient dans la Boucle et le quartier Battant.

La seconde moitié du XIXème siècle consacre Besançon comme la capitale française, voire mondiale de l’horlogerie. Le travail en usine et le développement des chemins de fer imposent des horaires stricts profitables à la démocratisation de la montre.

En 1875, on recense 5 150 horlogers à Besançon, essentiellement dans la Boucle et le quartier de Battant. Il s’y produit 420 000 montres par an, soit 90% de la production française !

Atelier Hatot à Besançon
L’atelier Hatot, rue de la rotonde dans le quartier des Chaprais, fabriquait des réveils mécaniques. © Musée du Temps

À la même époque, le Haut-Doubs produit peu de montres. Chaque village est spécialisé dans la fabrication des composants (les échappements à Charquemont, les boîtiers à Damprichard ou les balanciers à Villers-le-lac).

L’excellence horlogère bisontine et comtoise s’illustre au XIXème siècle par la création de deux institutions majeures : la création en 1862 de la première école d’horlogerie dans l’ancien grenier à blé de la place du marché (devenu conservatoire de musique puis actuellement sa réhabilitation en appartements de luxe) et l’observatoire astronomique et chronométrique inauguré en 1885.

L’horlo, l’Observatoire et le Cetehor

L’institut de chronométrie fondée en 1902 par Jules Haag conduira à la construction de l’école nationale professionnelle d’horlogerie (« l’Horlo », pour les vieux bisontins) en 1933. Reconnue aujourd’hui comme l’une des meilleures écoles d’ingénieurs en micromécanique d’Europe, l’ENSMM est la digne héritière des horlogers formés à Jules Haag.

Laboratoire de l’excellence, l’observatoire de Besançon a longtemps joué le rôle de « gardien du temps » et d’organisme certificateur.

Les lieux horlogers de Besançon et du Haut-Doubs
vernissage de l'expo "l'horlogerie dans ses murs"
Laurence Reibel et Nicolas Surlapierre, respectivement conservateurs du musée du Temps et des musées du centre, Patrick Bontemps, adjoint chargé de la culture et Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon au vernissage de l’exposition « l’horlogerie dans ses murs ». ©YQ

Il s’agit bien d’une fabuleuse promenade dans les rues familières de Besançon, dans les villages et les fermes du Haut-Doubs que propose Laurence Reibel, la conservatrice du musée du Temps et Nicolas Surlapierre, le conservateur des musées du centre. Sur 550 sites étudiés, une quarantaine est présentée dans l’exposition. Au-delà de l’histoire industrielle de Besançon et du Haut-Doubs, c’est aussi un parcours architectural, l’histoire des quartiers bisontins et plus simplement l’histoire de la vie d’une région depuis plus de 200 ans.

Chaque rue bisontine résonne du tic-tac horloger

moulin de Tarragnoz Besançon
Le moulin de Tarragnoz fabriquait les montres Ultra et employait plus de 100 personnes jusqu’en 1970. © Musée du Temps
Lip rue des chalets Besançon
L’usine Lip, rue des chalets dans le quartier de La Mouillère, avant son transfert à Palente. © Musée du Temps

Les constructions de la fin du XIXème siècle alternent ateliers et lieux d’habitation. On reconnait ces anciens lieux horlogers aux grandes baies éclairant les ateliers. Rue des chalets, rue Gambetta et Proudhon, l’avenue Carnot ou celle de La Mouillère, chaque rue bisontine résonne du tic-tac horloger.

Cattin à Morteau
La manufacture Cattin employait 400 personnes dans les années 70 à Morteau. © Musée du temps

Le Haut-Doubs est comme de nombreux pays de montagne. Les conditions climatiques y sont propices au développement des activités industrielles à domicile. L’hiver est rude et long dans le Haut-Doubs et dès le XVIIIème siècle, l’horloger travaille à domicile quand les bêtes sont à l’étable.

L’arrivée des premières lignes de chemins de fer dans le val de Morteau ou sur le plateau de Maîche va concentrer les ateliers d’horlogerie dans les bourgs-centre. « Le pays horloger » a perdu de la superbe époque des trente glorieuses où se côtoyaient les fabricants de composants et une manufacture comme Cattin à Morteau (marque Mortima) dont les 400 salariés fabriquaient jusqu’à 2,5 millions de montres par an, soit le cinquième de la production nationale dans les années 70.

Besançon se confond avec l’histoire horlogère. Les premiers bouleversements technologiques (l’apparition du quartz), la concurrence asiatique et le conservatisme souvent archaïque des entrepreneurs et des salariés de la filière, ont eu raison de cette industrie née au bord du Doubs au XVIIIème siècle. On peut le regretter ou mieux s’en souvenir pour ne pas répéter les mêmes erreurs du passé.

Besançon et la Franche-Comté disposent d’atouts considérables : des formations d’excellence, une recherche de pointe dans les nano et biotechnologies, des entreprises innovantes, un environnement naturel et culturel où il fait bon vivre. Vivier de la montre populaire, Besançon attire aujourd’hui les industriels du luxe.

Cette exposition sur le passé glorieux de l’horlogerie française est aussi une façon d’imaginer Besançon demain, loin des clichés qui ont trop souvent desservi son développement économique.

Yves QUEMENEUR

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