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Ce vendredi matin, Étienne Manteaux, procureur de la République de Besançon, donnait une conférence sur les nombreux faits de violences conjugales survenus ces jours-ci dans le département. En une semaine, six dossiers ont en effet été gérés par les unités locales de police et de gendarmerie. Pour le procureur, c’est du « jamais vu » depuis son arrivée, en septembre dernier.

Le dernier cas de violences conjugales date de mercredi soir aux alentours de 22 heures. La scène se déroule dans un appartement du quartier Saint-Claude à Besançon. Une dispute éclate entre un couple de cadres supérieurs. La femme, qui ne supporte plus la « montée graduelle » d’intimidations et de violences ces derniers mois, décide de quitter son conjoint.

« Jonathann Daval a eu le courage de se libérer de sa femme castratrice lui au moins. »

Très vite, le ton monte. Le mari plaque son épouse au mur en lui serrant le cou. D’après Étienne Manteaux, procureur de la République de Besançon, leur fils de six ans assiste à la scène.

Le père de famille s’empare alors du garçonnet et, armé de deux couteaux de cuisine, menace de l’exécuter en faisant référence à Jonathann Daval, accusé du meurtre de sa femme Alexia. Selon le procureur, l’homme aurait effectivement déclaré à sa femme : « Jonathann Daval a eu le courage de se libérer de sa femme castratrice lui au moins ».

Jonathann Daval « brandi comme icône de ce qu’il faut faire quand une épouse veut vous quitter »

Alertés par les voisins, les policiers se précipitent sur place et constatent le père, assis à la table de la cuisine armé des deux couteaux. Ce dernier réitère ses menaces envers l’enfant avant d’être maîtrisé par les forces de l’ordre. Immédiatement placé en garde à vue, le père de famille sera jugé en septembre. S’il n’avait pas d’antécédents judiciaires, l’homme va subir une expertise psychologique.

« Si Monsieur Daval devient le modèle de certains, je trouve cela choquant qu’il soit brandi comme icône de ce qu’il faut faire quand une épouse veut vous quitter », a alors déploré Étienne Manteaux ce vendredi matin lors d’une conférence de presse donnée à l’occasion des multiples faits de violences conjugales survenus ces derniers jours.

violences conjugales
« Depuis que je suis arrivé à Besançon en septembre dernier, je n’ai jamais connu une semaine pareille. De lundi à jeudi, on a constaté six faits de violences en flagrant délit, ça devient invraisemblable », a déploré le procureur de la République. Photo d’illustration
Six cas de violences conjugales cette semaine dans le Doubs

En effet, à la veille de cette scène surréaliste, un Bisontin, vivant chez sa tante avec son ami, vient récupérer un téléviseur. L’ambiance au sein du couple est électrique. L’homme gifle la femme avant de lui asséner des coups de pieds en pleine rue devant des témoins. Déjà concerné par des condamnations en suspens, l’homme va les purger. 12 mois de détention ont été requis avant la tenue d’un procès pour violences conjugales le 23 août prochain devant le tribunal correctionnel de Besançon.

Dans la longue liste des violences conjugales recensées ces jours-ci, s’ajoute une autre affaire survenue à Pontarlier. Un homme de 31 ans a frappé sa compagne. Le motif ? En situation de grande précarité, l’homme venait d’effectuer un retrait de 2 500 euros sur le compte de sa compagne, laquelle a ensuite fait opposition. Il s’est vengé en la rouant de coups à la tête et en lui distribuant des coups de poings. La victime n’avait jamais porté plainte auparavant.

« La parole des femmes se libère c’est évident. »

« Les violences conjugales concernent tous les milieux familiaux »

Ce vendredi matin, le procureur a alors profité de la conférence pour rappeler que les violences conjugales concernent tous les milieux sociaux.

« On a eu cette semaine avec tous ces cas, une radiographie éloquente. On a constaté que les violences conjugales concernent tous les milieux familiaux [] six procédures en une semaine, c’est affligeant. Les hommes concernés ont tous les âges. Ils proviennent de milieux éduqués comme de milieux carencés, avec des revenus soit élevés soit modestes, en zone rurale comme en zone urbaine. On constate que ce phénomène touche vraiment tout le monde. »

Selon l’homme de justice, « la parole des femmes se libère c’est évident ». Étienne Manteaux a par ailleurs insisté sur l’importance du dépôt de plainte le plus tôt possible pour les victimes, permettant une prise en charge rapide du couple. « Il faut aussi que les hommes mesurent les risques pénaux de leur comportement. Il est inadmissible de frapper, harceler, violenter sa conjointe ! », a-t-il ajouté.

En 2018, une femme a été tuée tous les trois jours par son compagnon ou ex-conjoint en France.

76 féminicides depuis le début de l’année en France

Pour rappel, en 2018, une femme a été tuée tous les trois jours par son compagnon ou ex-conjoint en France.

Chiffre plus effarant, ce mercredi, on dénombrait déjà 76 féminicides depuis le 1er janvier 2019, contre 64 à la même période l’année dernière.

Suite à un rassemblement organisé à Paris samedi dernier et l’interpellation de l’actrice Muriel Robin au président de la République, le gouvernement a annoncé la tenue d’un « Grenelle des violences conjugales ».

Ce dernier doit se tenir du 3 septembre au 25 novembre prochain et doit proposer des promet des mesures concrètes pour lutter contre ce fléau.

Militine GUINET

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