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Les réformes Blanquer sont à l’origine de nombreuses actions menées depuis des mois par le corps enseignant. Après avoir menacé de faire une grève de la surveillance des épreuves du bac, certains professeurs ont tenté de faire entendre leurs revendications en bloquant la publication des notes.

La scène est inédite. Mardi, près d’une centaine d’enseignants de l’académie de Besançon ont déposé les notes des copies corrigées devant le rectorat au lieu de les saisir informatiquement. Objectif : protester une nouvelle fois contre la réforme Blanquer et appeler à rouvrir les négociations. Face aux contestations, le ministère de l’Éducation nationale a alors décidé de prolonger exceptionnellement l’ouverture du serveur pour garantir la saisie de toutes les notes. Initialement, les correcteurs avaient jusqu’à mardi midi, dernier délai, pour transmettre les résultats sur le serveur. Mais, d’après les correcteurs en grève, 126 000 notes, sur un total de 4 millions, seraient encore retenues.

« La meilleure des notes sera gardée »

De son côté, le rectorat de Besançon rassure : « Des bordereaux ont été déposés mardi par les enseignants. Les notes seront saisies par les services du rectorat et les résultats devraient être connus dans les délais annoncés. » C’est-à-dire, demain matin à 10h, mais… Hier, Jean-Michel Blanquer a précisé que si tous les candidats au baccalauréat auraient leurs notes à la date prévue, les notes de contrôle continu seront provisoirement utilisées pour les élèves concernés par les copies retenues. « La meilleure des deux notes sera gardée », a-t-il ajouté. Un système D qui pourrait avantager certains élèves par rapport à d’autres.

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Le syndicat a déjà fait savoir qu’il inviterait les familles qui se considèrent lésées à « déposer des recours devant le tribunal administratif ». DR
« Des inégalités de traitement »

Nathalie Faivre, secrétaire académique du syndicat national des enseignants du second degré (Snes-FSU) du Doubs ne décolère pas. « Ce que propose le ministre est totalement scandaleux, ça ne correspond pas aux modalités d’évaluation des élèves au baccalauréat prévues par le code de l’éducation. C’est clairement hors-la-loi. Vous imaginez ?! Certains élèves vont être notés sur leurs prestations pendant l’examen, d’autres, sur le travail durant l’année. Cela induit des inégalités de traitement. »

« Ce que propose le ministre est clairement hors-la-loi. »

Sans parler de l’imbroglio que pourraient causer certaines situations comme des élèves convoqués au rattrapage en étant potentiellement admis ou encore le problème des candidats libres, n’ayant pas de notes à l’année.

Selon Nathalie Faivre, décaler l’annonce des résultats aurait été une solution plus raisonnable. Elle précise : « L’académie de Besançon n’est pas concernée car les grévistes ont mené une action symbolique en demandant au rectorat de saisir lui-même les notes, mais de nombreuses académies comme Créteil, Bordeaux, Nancy-Metz avec lesquelles je suis en relation sont touchées par ce phénomène. »

Elle déplore également le non-dialogue que dénoncent de nombreux professeurs depuis des mois : « La profession tire la sonnette d’alarme depuis un an. Nous avons multiplié les journées de mobilisation, les manifestations, les grèves… Nous n’avons pas été reçus une seule fois. Le ministre prend l’entière responsabilité de ce qui se passe. »

Les familles invitées à déposer des recours devant le tribunal administratif

Le syndicat a déjà fait savoir qu’il inviterait les familles qui se considèrent lésées à « déposer des recours devant le tribunal administratif ».

Pourquoi la réforme est contestée ?

« Cette réforme prévoit moins d’heures de cours pour les élèves, donc une moins bonne formation. Pire, la réforme introduira des disparités territoriales entre les lycées qui proposent beaucoup de spécialités et ceux qui n’en proposent pas. Ainsi, le devenir universitaire des élèves va dépendre des spécialités proposés dans le lycée, et donc, ses choix d’études supérieures seront déterminés par l’endroit où il est né », dénonce Nathalie Faivre.

La réussite universitaire déterminée par l’origine sociale et géographique ?

Des économies et des classes surchargées

Les nouvelles modalités du baccalauréat sont également pointées du doigt. « Les candidats passeront 21 épreuves contre une quinzaine actuellement, cela va complexifier le dispositif. »

La réforme prévoit aussi de passer un certain nombre d’épreuves en contrôle continu, soit 40% du poids total du baccalauréat. Un moyen de faire baisser les coûts de correction des épreuves…

Plus de séries et des classes de 35 élèves

« On sait que les professeurs s’adaptent généralement au niveau des élèves qu’ils ont en face d’eux. Là encore, la réforme va engendrer des inégalités qui vont faire perdre au bac sa valeur certificative nationale. C’est aussi une porte ouverte sur les arrangements du style “nous n’évaluons que les chapitres du programme vu en cours.” Cette réforme ne permettra pas une notation objective. » Enfin, « la suppression des séries L, ES, S va faire baisser les effets de seuil et il y a aura 35 élèves par classes. »

Militine GUINET

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