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Pendant presque 20 ans, Jean-Claude Romand, né à Lons-le-Saunier dans le Jura, s’est fait passer pour un médecin travaillant pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Jugé coupable d’avoir tué cinq membres de sa famille en 1993, le « faux docteur » va bénéficier d’une libération conditionnelle après 26 ans de détention.

C’est l’un des faits divers français les plus fascinants de ces dernières décennies. L’affaire Romand, tristement connue à cause du quintuple meurtre qu’il a commis, a même été adaptée au cinéma en 2002 (« L’adversaire », d’Emmanuel Carrère) et a fait l’objet de nombreux ouvrages. Retour sur une imposture sordide.

Il tente d’assassiner sa maîtresse

Janvier 1993 dans la ville tranquille de Prévessins-Moëns dans l’Ain. Le 9 janvier, au petit matin, Jean-Claude Romand frappe mortellement son épouse, Florence, 37 ans, avec un rouleau à pâtisserie. Le père de famille s’en prend ensuite à ses deux enfants, Caroline 7 ans, Antoine 5 ans. Il leur demande d’enfouir leur tête sous leur oreiller « pour jouer » et leur tire dessus avec une carabine. Il part ensuite déjeuner chez ses parents à 80km de son domicile à Clairvaux-les-Lacs dans le Jura. Il partage un repas avec eux avant de les abattre eux et leur labrador, froidement.

Il nettoie ensuite son arme et se met en chemin pour Paris. C’est là qu’il doit retrouver sa maîtresse, Chantal, dentiste, avant de la conduire à un dîner avec Bernard Kouchner, qu’il prétend connaître. Mais en pleine forêt de Fontainebleau, il s’arrête et tente de l’assassiner en l’aspergeant de gaz lacrymogène. Son amante se débat, il arrête. Il la reconduit finalement chez elle en lui faisant promettre de ne rien dire et rentre chez lui.

De retour au domicile conjugal où il a assassiné sa femme et leurs deux enfants, il avale des barbituriques et met le feu.

affaire jean claude romand
Il met le feu au domicile familiale situé à Prévessins-Moëns dans l’Ain. DR

Le 11 janvier, il est à peine 4 heures du matin lorsque les éboueurs effectuent le ramassage des ordures et découvrent l’incendie. Ils préviennent les pompiers qui parviennent à éteindre le feu avant de faire une macabre découverte. Dans la maison ravagée par les flammes, ils trouvent les corps sans vie de la mère et des enfants. Le père, Jean-Claude, est lui inconscient mais vivant. Il est immédiatement conduit à l’hôpital. Un incendie fatal ?

Retrouvés criblés de balles dans leur maison de Clairvaux-les-Lacs dans le Jura

Le scénario prend une autre tournure lorsque les gendarmes se rendent chez les parents de Jean-Claude Romand pour leur annoncer la terrible nouvelle. Sur place, ils découvrent leurs corps, ainsi que celui de leur labrador, criblés de balles.

Très vite, les enquêteurs retrouvent un mot dans une voiture louée par le fils. « Un banal accident et une injustice peuvent provoquer la folie. Pardon », peuvent-ils lire. Un aveu écrit qui ne fait plus aucun doute. L’auteur du crime est démasqué. Et la mascarade de toute une vie vole en éclats.

La spirale infernale des mensonges

Au moment des faits, Jean-Claude Romand a 38 ans. Pendant des années, il a menti à ses proches qui le croyaient médecin-chercheur à l’OMS à Genève (Suisse). Comment cela a-t-il pu arriver ?

Tout débute en 1975 lorsqu’il échoue de peu à son examen de deuxième année de médecine. Il fait pourtant croire à ses proches qu’il l’a réussi et qu’il est devenu cardiologue. En réalité, il se réinscrit, années après années. Cela dure 12 ans. Après quoi, l’université l’informe qu’il ne peut plus se réinscrire.

Les mensonges s’enchaînent et se suivent. Il s’invente ensuite un poste de médecin-chercheur à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Il prétexte aussi donner des cours dans une université en Bourgogne et en profite pour rendre régulièrement visite à ses parents dans le Jura.

Il n’a jamais réussi à être médecin. Tous les matins, il berne sa femme et ses proches et part travailler. Du moins c’est ce qu’il fait croire puisqu’il n’a pas d’emploi. Ses journées, il les passe dans sa voiture stationnée sur un parking ou erre sur les chemins de campagne. Lorsqu’il annonce partir en voyage d’affaires, il reste en fait enfermé dans une chambre d’hôtel à l’aéroport de Genève. Il lit des manuels de médecine et des guides touristiques sur les destinations où il prétend atterrir. Ne laissant rien au hasard, il prend toujours soin de rapporter des souvenirs achetés à la boutique de l’aéroport à sa famille.

Il dépense 10 000 euros par mois

Les seuls vrais revenus du couple proviennent des rares remplacements de son épouse dans une pharmacie du village. Pourtant, le train de vie de la famille est élevé : vacances en famille, voitures de luxe… Chaque mois, il dépense près de 10 000 euros. Pour maintenir ce niveau de vie, il fait miroiter à ses parents des placements financiers en Suisse. Ces derniers lui donnent une procuration sur leur compte, qu’il finira par vider. Ses proches ne sont pas non plus épargnés. Il emprunte aussi de l’argent à sa maîtresse ainsi qu’à son beau-père qui le considère comme un gendre idéal. Entre 1985 et 1993, Jean-Claude Romand aurait mis la main sur près de 3 millions de francs, l’équivalent d’un peu plus de 450 000 euros.

Mais en janvier 1993, craignant que tous découvrent cette supercherie, il fini par passer à l’acte.

26 ans de détention et de nombreuses demandes de libération conditionnelle

En juillet 1996, vient l’heure du procès. Il raconte, se justifie aussi. « Plus le mensonge avançait, plus il était dur à révéler », déclare-t-il alors à la barre. Après six jours de procès, il est enfin condamné à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans pour homicides, tentatives d’assassinat, incendie volontaire et abus de confiance.

Après 26 ans passés derrière les barreaux, la cour d’appel de Bourges (Cher) vient de lui accorder, ce jeudi 25 avril, la liberté conditionnelle après un ultime refus en février dernier. D’après les déclarations de son avocat, Maître Jean-Louis Abad à l’AFP, Jean-Claude Romand devrait sortir de façon « imminente ». La décision doit être mise à exécution d’ici le mois de juin.

Militine GUINET