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Ce jeudi, Étienne Manteaux, le procureur de la République de Besançon a fait un compte-rendu des auditions auxquelles la délégation française a assisté au Chili le 17 avril. Ces interrogatoires faisaient suite à la commission rogatoire internationale adressée aux autorités chiliennes en janvier dernier.

Le procureur de la République a souligné d’entrée la diligence de la justice chilienne à répondre favorablement et rapidement aux demandes françaises. La procédure a abouti en deux mois permettant de faire connaissance avec les magistrats, le parquet et la police des investigations chiliens.

Le second objectif du voyage des magistrats français était de connaître les intentions sur les suites judiciaires de l’État chilien à l’encontre du jeune homme de 28 ans, soupçonné par la France d’avoir tué Narumi Kurosaki, étudiante japonaise à Besançon et ancienne petit amie de Nicolas Zepeda-Contreras.

Aucune enquête n’a été diligentée par la justice chilienne. « Les autorités chiliennes n’ont pas voulu ouvrir d’enquête », précise Etienne Manteaux.

Enfin, il s’agissait pour les magistrats bisontins de s’assurer de l’exécution des actes formulés par la commission rogatoire et en particulier l’audition de Nicolas Zepeda-Contreras et de sa famille.

Narumi kurosaki
L’étudiante japonaise de 21 ans a disparu dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016 sur le campus de la Bouloie à Besançon. Son corps n’a jamais été retrouvé. DR
Il a gardé le silence

Le mis en cause s’est présenté le 17 avril dernier devant les magistrats chiliens et la délégation française, accompagné de deux conseils.

Étienne Manteaux et la juge d’instruction française, Céline Bozzoni, assistés de deux enquêteurs avaient préparé 95 questions précises qui ont été posées par la magistrate chilienne à Nicolas Zepeda-Contreras. Assisté de ses deux avocats, le mis en cause a répondu 95 fois qu’il entendait garder le silence comme la loi chilienne l’y autorise.

Assisté de ses deux avocats, le mis en cause a répondu 95 fois qu’il entendait garder le silence.

Pourtant, pendant 1h30, Nicolas Zepeda-Contreras a été fortement ébranlé au cours de l’audition sur les éléments factuels retenus à son encontre par la justice française (bornages de son téléphone portable, GPS de la voiture louée à l’aéroport de Genève, caméras de vidéosurveillance et les témoignages).

La famille également entendue

Les parents, le frère et les sœurs jumelles du suspect numéro 1 dans cette affaire ont été entendus dans le cadre de la commission rogatoire internationale. À la quinzaine de questions posées, ces derniers ont fait valoir leur droit de silence.

Par ailleurs, un juge chilien a donné son autorisation pour perquisitionner le domicile de Nicolas Zepeda-Contreras, un grand appartement dans un quartier très résidentiel de Santiago. Un stock important de données informatiques ont été saisies sur place. Une commission rogatoire complémentaire va être adressée aux magistrats chiliens avant l’été.

Une seconde demande d’extradition

Une demande d’extradition sera formalisée par la France à l’automne prochain. La Cour suprême chilienne devrait alors rendre sa décision sous quelques mois.

Deux cas de figure sont alors envisageables. Soit le Chili (qui n’y est pas tenu) fait droit à la demande française et Nicolas Zepeda-Contreras sera jugé par la Cour d’Assises de Besançon en sa présence. Soit le Chili refuse son extradition et il est fortement envisagé que le jeune chilien soit renvoyé devant la Cour d’Assises dans le cadre d’une procédure par défaut (anciennement jugement par contumace). Le procès pourrait se tenir dans le courant de l’année 2020.

En cas de condamnation, il reste la possibilité de demander au Chili que la peine soit exécutée dans le pays du condamné. Sans accord judiciaire bilatéral, cette demande est sous l’unique volonté de la justice chilienne.

« En tout état de cause, Nicolas Zepeda-Contreras sera jugé en France. Cette affaire ne restera pas impunie », a conclu le procureur de la République.

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« Il y aura un procès à Besançon, probablement en 2020 », a assuré le procureur de la République ce jeudi lors d’une conférence de presse à Besançon. DR
La détresse des proches de Narumi Kurosaki

Un deuil impossible pour les proches de la victime, dont le corps n’a toujours pas été retrouvé. L’avocate française de la famille de Narumi, Maître Sylvie Galley a fait part d’une « extrême détresse psychologique ».

« Tout espoir de retrouver Narumi est désormais exclu. C’est un affront insurmontable pour ses parents et ses deux sœurs », a-t-elle ajouté.

« Tout espoir de retrouver Narumi est désormais exclu. »

Malgré le cauchemar qu’ils vivent depuis la disparition de leur fille en décembre 2016 et les sentiments de colère et de frustration qui les animent, ils font confiance à la justice française pour qu’un procès ait lieu en France en 2020.

« In fine, ils souhaitent pouvoir être confrontés à celui qui a tué leur fille », a indiqué l’avocate.

Yves QUEMENEUR

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