Affaire Alexia Daval : polémique autour de la défense du meurtrier présumé

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Christine Perrot, présidente de l'association Solidarité Femmes Besançon dénonce :
Christine Perrot, présidente de l'association Solidarité Femmes Besançon dénonce : "L’avocat défend son client en construisant ses argumentaires contre la victime, et personne en face. " DR
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Peu après la conférence de presse tenue mardi soir par la procureure de Besançon suite aux aveux de Jonathann Daval, Maître Randall Schwerdorffer a utilisé une stratégie de défense qui n’a pas manqué de faire réagir.

« Alexia avait une personnalité écrasante, il se sentait rabaissé, écrasé […] Alexia, en période de crise, pouvait avoir des accès de violence extrêmement importants à l’encontre de son compagnon […] Ce n’est pas un mauvais homme, c’est un type formidable », ces propos, à peine prononcés par Maître Randall Schwerdorffer, l’avocat de Jonathann Daval écroué pour le meurtre de sa femme, ont suscité de nombreuses réactions y compris celle de Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Celle-ci a, en effet,  immédiatement tweeté : « Pour tous ceux qui demandent un exemple de « victim-blaming » dans le récit, en voici. »

Victim-blaming : l’art d’inverser la culpabilité

Apparu il y a quelques années, le terme de « victim-blaming » consiste en effet à tenir des propos visant à rendre une victime en partie responsable du crime qu’elle a subi.

Plus tard, au micro de RTL, Marlène Schiappa a ajouté : « L’idée, c’est de dire qu’à chaque fois qu’une femme est victime de violences sexistes ou sexuelles et ici d’un féminicide, on trouve des raisons qui justifieraient le fait que cette femme ait été victime. On fait comme si la victime elle-même était coupable d’avoir été victime. »

Une déclaration aussitôt qualifiée de « déplacée » par Me Randall Schwerdorffer qui a réagit à son tour : « Mes propos ne valent que dans le dossier de Jonathann et d’Alexia. […] Je ne cautionne aucune violence, ni les violences faites aux femmes, ni les violences faites aux hommes par les femmes. Cela existe et c’est le cas de Jonathann. »

« Elle l’aurait bien cherché ? »

À Besançon, le collectif Osez le féminisme a également réagit dans un communiqué : « Il est temps d’arrêter de détourner la responsabilité de cet homme et de lui trouver des excuses. Alexia serait donc la propre coupable de son assassinat ? Elle l’aurait bien cherché ? C’est ce que cet avocat essaie de faire entendre ? […] Merci d’arrêter de minimiser les actes de Monsieur Daval qui a menti trois mois et qui a assisté à tous les hommages rendus à Alexia. Le coupable c’est lui. Le meurtrier c’est lui. Le violent c’est lui. »

« Des argumentaires contre la victime, et personne en face »

Christine Perrot, présidente de l’association Solidarité Femmes Besançon, qui accueille, accompagne, écoute et héberge les femmes et les enfants victimes de violences exercées au sein du couple et de la famille, tient à alerter sur ce genre de discours : « Une femme a été tuée. L’avocat défend son client en construisant ses argumentaires contre la victime, et personne en face. »

« Est-ce une raison pour tuer ? »

Elle poursuit : « Les propos de Maître Schwerdorffer amènent l’opinion publique à se retourner contre Alexia, qui est bel et bien victime d’un meurtre. On se souvient tous du dossier Jacqueline Sauvage qui, pendant plus de 30 ans, a subi des violences avérées et signalées à des personnes, et qui a pris 10 ans de prison car elle s’est retournée, notamment pour protéger ses enfants également victimes de violences sexuelles. En imaginant que Jonathann Daval dise vrai, est-ce une raison pour tuer ? »

Décrédibiliser la parole des victimes

La présidente de Solidarité Femmes Besançon insiste : « Rappelons aussi que dans une grande majorité de cas, l’homme qui tape sur sa femme et ses enfants est une personne très charmante en dehors du domicile, ce qui décrédibilise encore plus la femme lorsqu’elle dénonce. »

109 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire contre 28 hommes tués par leur compagne ou ex-compagne

D’après les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur, en 2016, 109 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire de vie, tandis que 28 hommes sont morts, tués par leur compagne ou ex-compagne et 1 homme est mort, tué par son compagnon.

Toujours d’après le ministère de l’Intérieur, dans 39,96% des cas, on relève des traces de violences antérieures. En effet, dans 17 cas sur 28, soit 60,71% où l’auteur de l’homicide est une femme, la victime masculine avait déjà commis des violences sur sa partenaire. À l’inverse, dans 5 cas sur 109 (4,59%) où l’auteur de l’homicide est un homme, la victime féminine avait commis des violences antérieures sur son partenaire.

Quant aux motifs avancés pour expliquer le passage à l’acte, la séparation, en cours ou passée, reste la principale cause pour les hommes (47) tandis que pour les femmes, le passage à l’acte est davantage causé par une dispute (18).

« Rien n’interdit aux hommes victimes de violences de le signaler, au contraire »

La présidente de Solidarité Femmes Besançon insiste sur l’importance de signaler : « Les femmes et les hommes, victimes de violences doivent en parler. Personne ne doit être sous le contrôle de son ou de sa partenaire. Rien n’interdit aux hommes victimes de violences de le signaler, au contraire. »

Deux femmes mortes sous les coups de leurs compagnons en seulement 15 jours

Christine Perrot rappelle qu’en 2014 à Besançon, deux femmes sont mortes sous les coups de leurs compagnons en seulement 15 jours  : « l’une avait reçu plusieurs coups de couteau, l’autre avait été égorgée. »

Louise De Châteaublanc
Numéro d’écoute national destiné aux victimes de violences : 3919 
Appel anonyme et gratuit 7 jours sur 7, 
de 9h à 22h du lundi au vendredi et de 9h à 18h les samedi, dimanche et jours fériés.

 

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