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Retour sur un lundi de Pentecôte mémorable. La France, et au-delà de nos frontières, a découvert Ornans et la vallée de la Loue à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet. Point d’orgue de l’année Courbet, Emmanuel Macron inaugurait l’exposition « Yan Pei-Ming face à Courbet ».

Le ban et l’arrière-ban des élus et personnalités franc-comtoises avaient rendez-vous dans le décor bucolique d’un pré où gambadaient deux chevaux comtois. Pour célébrer le chef de file du réalisme, les nuées du ciel comtois s’étaient invitées. La pluie n’a pas cessé de la journée.

Macron Ornans Courbet
Sylvain Ducret Maire d’Ornans, Yan Pei-Ming en résidence à l’atelier Courbet et Christine Bouquin Présidente du conseil départemental du Doubs ©YQ

La présidente du département (le musée Courbet appartient au département du Doubs) Christine Bouquin, a excellé dans son rôle d’hôte d’un jour aux côtés de Sylvain Ducret le maire d’Ornans. Sénateurs et députés du Doubs, tous les élus(es) du conseil départemental, la présidente de région, les maires ; le bisontin Jean-Louis Fousseret y côtoyait François Rebsamen, maire de Dijon dont la ville est terre de résidence de l’artiste franco-chinois Yan Pei-Ming. Absente de marque et remarquée, Annie Genevard, députée LR du Doubs et vice-présidente de l’Assemblée Nationale.

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Jean-François Longeot Sénateur du Doubs, Jean-Louis Fousseret Maire de Besançon, Yan Pei-Ming et Christine Bouquin Présidente du conseil départemental du Doubs ©YQ

Emmanuel Macron était quant à lui, accompagné de Jacqueline Gourault et de Sébastien Lecornu, les deux ministres de la cohésion des territoires et de la ruralité. Les élus de terrain auront apprécié.

Ornans mise en lumière

Dans son allocution de bienvenue Sylvain Ducret, le maire d’Ornans, a rappelé que la perle de la Loue n’était pas seulement un terrain de jeu pour les pêcheurs à la mouche, les amateurs de canoë, les randonneurs ou les peintres du dimanche. C’est aussi une commune de 4 500 habitants qui emploie plus de 2 000 salariés dans des PME ou des entreprises internationales comme Guillin ou Alstom. Au président de la République, il dévoile sa crainte pour l’avenir industriel de la vallée.

« Je suis heureux et fier d’accueillir aujourd’hui un président de la République dans notre petite commune. Après Albert Lebrun en 1933 et Nicolas Sarkozy en 2009, vous êtes le troisième président de la République à nous faire l’honneur de votre visite. »

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Jean-François Longeot sénateur et ancien maire d’Ornans ©YQ

Ornans et son musée Courbet, c’est aussi l’œuvre d’un homme qui fut maire de la ville pendant plus de 20 ans et qui la transforma en centre touristique et culturel important tout en lui conservant son histoire industrielle. « C’est un peu mon bébé qui est inauguré aujourd’hui », s’enthousiasme Jean-François Longeot devenu sénateur, qui a su parfois transgresser les codes politiques.

L’éclairage médiatique de cette journée particulière va, à coup sûr, attirer de nouveaux touristes français et étrangers dans la « petite Venise comtoise ».

La Franche-Comté terre de liberté

« Ces terres sont faites de liberté et d’utopie ». Le Président de la République a l’éloquence brillante quand il cite Jaurès dont les propos sont tellement proches de la nature comtoise : « Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. »

Chaque parcelle de la terre comtoise se mérite. Le pays de Proudhon, de Fourier, de Ledoux, de Mégevand, d’Hugo et de tant d’autres ne pouvait qu’enfanter Courbet, ce passeur des arts « intense et féroce » comme l’a souligné Christine Bouquin, la présidente du département.

La Franche-Comté, c’est aussi l’utopie des premières coopératives « ces fruitières à Comté » où les agriculteurs ont appris à mettre en commun leur savoir-faire et l’amour de leur terroir. Ce territoire a vu naître également le Crédit Agricole. La banque « verte » devenue un géant mondial de la finance est née à Salins-les-Bains ; encore une utopie comtoise probablement. C’est enfin « l’utopie de l’histoire de Lip » comme l’a rappelé Emmanuel Macron.

Alors, dans ces lieux de culture, de liberté et de transgression, Courbet devait « rigoler » de recevoir un tel hommage dans sa terre transformée en camp retranché l’espace d’un matin pluvieux.

Macron Ornans Courbet
Quelques gilets jaunes cachés dans les ruelles d’Ornans ©YQ

Cachés dans une traje descendant des collines calcaires d’Ornans, quelques « gilets jaunes » avaient déplié une banderole « Thiers ou Macron, Courbet déteste les Versaillais » en référence à Adolphe Thiers dont le gouvernement ordonna l’écrasement de la Commune de Paris en 1871.

Gustave Courbet, l’enfant d’Ornans

Celui qui fut Communard, condamné à l’exil en Suisse pour avoir contribué à la destruction de la colonne Vendôme à Paris, a toujours voulu transgresser et provoquer. L’exercice d’hommage pouvait paraître difficile pour un président de la République qui doit assumer son autoritarisme depuis 6 mois face au mouvement des gilets jaunes. Exercice réussi pourtant, il a choisi les mots pour enchanter la culture en particulier auprès des jeunes : « La culture est ce par quoi tout commence. Ce goût de l’absolu, il n’y a que les grandes œuvres qui nous le donnent. »

Macron Ornans Courbet
Emmanuel Macron n’a pas craint la pluie pour échanger avec le public venu l’écouter ©YQ

Courbet est un passeur d’idées à cheval sur deux époques souligne Emmanuel Macron. « Il n’est pas au Louvre et à Orsay, il est dans les deux. Le romantisme est encore là…l’impressionnisme est déjà là. » De « L’enterrement à Ornans » à « L’origine du monde », Gustave Courbet a provoqué des débats et des polémiques comme avait su le faire Victor Hugo avec « Hernani« . Les deux grands hommes, souvent proches politiquement, ne se seront rencontrés qu’une seule fois au Père Lachaise pour l’enterrement d’un fils de l’écrivain. « Courbet a dit regretter ne pas avoir fait le portrait de Victor Hugo ». C’est Frédérique Thomas-Maurin, conservatrice du musée Courbet qui cite l’anecdote. C’est la raison pour laquelle Yan Pei-Ming, en résidence à l’atelier de Courbet à Ornans, a peint un portrait monumental de Victor Hugo.

portrait d'Hugo par Yan Pei-Ming
Hugo et Courbet se sont croisés une seule fois. Le peintre n’a jamais pu réaliser le portrait du poète. Yan Pei-Ming a pris les pinceaux de Courbet pour ce portrait rêvé ©YQ
Yan Pei-Ming face à Courbet
Yan Pei-Ming
Le peintre franco-chinois Yan Pei-Ming devant le portrait qu’il a réalisé de Gustave Courbet ©YQ

C’est le titre de l’exposition qui se tient au musée Courbet à Ornans jusqu’au 30 septembre. Le peintre franco-chinois est un fervent défenseur de Courbet. Yan Pei-Ming, élève de l’école des Beaux-Arts de Dijon après une jeune carrière de peintre de propagande au temps de la Révolution culturelle maoïste, a été enthousiaste à l’idée de se confronter à celui pour lequel il a une sorte de lien de filiation. Les œuvres se font miroir, l’une expliquant l’autre ou inversement. « Le chêne de Flagey » revisité ou « Les bains de mer en Normandie » faisant le pendant à un triste bateau de migrants en Méditerranée, l’exposition est époustouflante entre le réalisme de Courbet et le pessimisme éclairé de Yan Pei-Ming. Mise en scène par Henri Loyrette, commissaire de l’exposition et directeur honoraire du Louvre, l’exposition met en avant l’homme et l’artiste, jamais l’un sans l’autre.

Yan Pei-Ming face à Courbet
Le chêne tortueux de Flagey, l’une des toiles les plus célèbres de Courbet ©YQ
Yan Pei-Ming face à Courbet
Les arbres « torturés » selon Yan Pei-Ming ©YQ
Yan Pei-mIng face à Courbet
Les bains de mer selon Courbet ©YQ
Yan Pei-Ming face à Courbet
Les « bains de mer » selon Yan Pei-Ming… Les migrants en Méditerranée ©YQ

« La Terre a évolué bizarrement depuis 100 ans. On va le payer un jour… L’Homme conduit à sa perte » Yan Pei-Ming a une vision du monde sombre. L’artiste la dit « réaliste ».

Quelques commentateurs auront fait de l’ironie sur un lapsus vite corrigé d’Emmanuel Macron, rebaptisant Courbet de Gustave en Gaston. On peut retenir de cette visite préparée depuis le mois de novembre par Christine Bouquin, un discours brillant mettant l’accent sur le particularisme du territoire comtois, sur l’importance essentielle de la culture en particulier pour les jeunes générations. Il a su éviter avec talent l’écueil d’un hommage trop académique, clôturant par un « Merci à l’art d’être libre ».

Yves Quemeneur

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