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Ce mercredi, la ville anglaise de Portsmouth accueillait la cérémonie internationale commémorant le 75e anniversaire du Débarquement. En présence de la reine Elizabeth II, de nombreux chefs d’État et de gouvernement ont pris la parole devant des vétérans venus assister à la cérémonie. Le président américain, Donald Trump a lu des propos de Franklin Roosevelt. Emmanuel Macron, lui, a choisi la lettre du jeune résistant franc-comtois, Henri Fertet, fusillé en 1943 à la Citadelle de Besançon, à l’âge de 16 ans.

En 2007, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait demandé que la lettre de Guy Môquet soit lue dans toutes les écoles. Celle de Henri Fertet est également étudiée. Ce mercredi, Emmanuel Macron a lui aussi choisi de rendre hommage à son auteur, le jeune Henri Fertet, exécuté à seulement 16 ans.

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Emmanuel Macron lisant la lettre d’adieu du jeune résistant, Henri Fertet, lors de la cérémonie du 75e anniversaire du Débarquement. DR

Né en 1926 à Seloncourt dans le Doubs, Henri Fertet s’est engagé dans la Résistance à l’adolescence. Fils d’instituteur et élève de seconde au lycée Victor Hugo de Besançon, il était membre d’un petit groupe de résistance du Doubs, à qui ont été attribués plusieurs attentats contre des voies ferrées, des pylônes électriques ou encore la tentative de pénétration au Fort de Montfaucon pour y dérober des explosifs.

Emprisonné à la prison de la Butte en 1943

Arrêté en juillet 1943 chez ses parents, Henri Fertet a été emprisonné à la prison de la Butte et torturé pendant 87 jours. Avant son exécution, le 26 septembre 1943 à la Citadelle de Besançon, il a rédigé une lettre poignante à ses parents.

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Henri Fertet sur une rame du tram de Besançon. © Émile Joly
Henri Fertet sur le tram bisontin

Le jeune résistant a ensuite été inhumé au cimetière de Saint-Ferjeux à Besançon où sa sépulture, malgré l’interdiction allemande, a abondamment été fleurie jusqu’à la Libération. Dans la région, de nombreux établissement scolaires comme le lycée professionnel Henri Fertet à Gray (Haute-Saône) ou encore le collège situé à Sancey-le-Grand (Doubs) portent son nom. Henri Fertet figure également sur l’une des rames de tram mis en circulation à Besançon.

Lettre d’Henri Fertet adressée à ses parents :

« Besançon, prison de la Butte (Doubs)

26 septembre 1943

Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j’espère qu’il ne faillira point à cette mission désormais sacrée.

« Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux »

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée.

À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le “Comte de Monte-Cristo” à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

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« C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France », a écrit Henri Fertet dans une lettre à ses parents. DR

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les “trois petits nègres”, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.

« Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille. »

Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

Maman rappelle-toi :

“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.”

Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Un condamné à mort de 16 ans

Fertet.

Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

« C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France. »

Expéditeur : Monsieur Henri Fertet, Au ciel, près de Dieu »

À l’issue de la lecture de la lettre, le baryton britannique, Sir Willard White, a repris « Le Chant des Partisans », hymne à la Résistance.

Militine GUINET

 

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